Saint-André de pierres en pierres
Visite de chantier dans le sillage de l’architecte qui parle à l’oreille des monuments
Voilà plusieurs mois que les habitants de Châteauroux ne font plus attention à son drôle de manteau métallique. La façade de l’église Saint-André s’est fondue dans le paysage. Elle se refait une beauté en toute discrétion. Toutefois, le gigantesque échafaudage qui s’élève jusque sous la flèche sud n’en a plus que pour trois mois avant d’être déposé. La tour nord, elle, a déjà tombé le masque, laissant apparaître la blancheur de sa pierre rénovée. En mars, la rosace remise à neuf s’affichera au grand jour, Saint-André devra toutefois patienter une poignée d’années avant que le reste de l’édifice soit achevé sous l’oeil avisé de la ville de Châteauroux, la Fondation du Patrimoine et Thierry Guittot, architecte du Patrimoine.
Dauvergne à l’économie

Alfred Dauvergne, architecte départemental, avait imaginé Saint-André cathédrale lorsqu’il dirigea sa construction au XIXe siècle. Mais Saint-Étienne de Bourges, si loin, si proche, avait pris la place depuis déjà fort longtemps. Saint-André, inaugurée en 1876, restera donc église pour l’éternité ce qui aura des conséquences quelque 150 ans plus tard, à l’heure d’engager les travaux de rénovation. Car la Loi du 9 décembre 1905 fondant la laïcité en France et actant la séparation de l’Église et de l’État fait que l’entretien des cathédrales est placé sous la responsabilité de l’État alors que celui de tout autre édifice religieux est à la charge des communes.

En 2018, Châteauroux Métropole a donc posé un diagnostic pour son plan de restauration desdits édifices (les églises Saint-André, Notre-Dame, Saint-Christophe, Saint-Martial, la chapelle des Rédemptoristes et le couvent des Cordeliers). L’état général de Saint-André et Notre-Dame (lire par ailleurs) a ensuite imposé l’ordre des priorités. «Un long travail d’études a été entrepris puis les travaux ont été lancés en 2022», rappelle Roland Vrillon, adjoint délégué aux Travaux, à la Voirie, au Cadre de vie et à la Mobilité urbaine. En octobre dernier, une visite de chantier était organisée pour les élus et le club des mécènes de l’Indre de la Fondation du Patrimoine venus constater l’avancée des travaux.

Perché à une trentaine de mètres de hauteur, tout ce petit monde a ainsi pu profiter d’un retour d’expérience de Thierry Guittot qui a d’abord rappelé sa mission : «Nous sommes là pour assurer la pérennité de l’ouvrage. Il n’y avait plus eu de chantier depuis près de 100 ans et personne n’est ici pour remonter sur la façade dans 10 ans ; ça n’aurait pas de sens.» L’architecte de Trait Carré à Aubigny-sur-Nère soulignait que les ouvriers venus redonner une seconde jeunesse à Saint-André n’ont pas été épargnés par les mauvaises surprises. «L’architecte de l’époque (Dauvergne) était très inventif (sic). Il aimait par exemple utiliser le métal. Avec le temps, qui dit métal, dit rouille et donc pierres éclatées… Nous avons également découvert des choses qui ont été construites à l’économie comme la rosace pour laquelle on a utilisé un plomb de base qui a participé aux problèmes d’étanchéité.»
Des pierres creuses

«Elle devait être rénovée, mais on ne pouvait pas imaginer que toutes les pierres derrière étaient creuses. C’est typiquement une découverte inopinée. Mais comme pour le reste du chantier, nous n’avons pas tout changé ; nous n’avons touché que les pierres malades. Et hormis les découvertes faites au fur et à mesure, nous étions dans le cube convenu dans le marché (80m3).»

Une nouvelle qui a semblé rassurer les donateurs présents lors de la visite, qu’accompagnait Laurence Fraissignes, déléguée départementale de la Fondation du Patrimoine. L’occasion pour elle de détailler la manière avec laquelle l’organisme accompagne les projets, financièrement s’entend: «Il y a d’une part la souscription grand public que nous avons lancée et qui a pour objectif de préserver pour transmettre. D’autre part, nous gérons 27 mécénats et nous avons donc formé un club de mécènes dans l’Indre. Ils ciblent leurs dons sur une chose en particulier ; pour l’église Saint-André, la rosace nous paraissait idéale.» En mars prochain, une fois débarrassée de ses oripeaux métalliques, Saint-André offrira sa rosace aux regards des donateurs et des passants. Pour tenter de l’observer, peut-être faudra-t-il porter des lunettes de soleil pour ne pas être ébloui par la blancheur éclatante de l’édifice.
Place à Notre-Dame
À peine les échafaudages de l’église Saint-André déposés en mars prochain, qu’ils prendront place au chevet de Notre-Dame de Châteauroux. Le tuffeau utilisé étant particulièrement abimé et les travaux de restauration devraient durer deux ans. «Le chantier reprendra à Saint-André dans trois ou quatre ans pour finir complètement la restauration de l’église» détaille l’adjoint au maire Roland Vrillon.