Vis ma vie de Napoléon

par Nicolas Tavarès

Dans les pas de Jean-Gérald Larcin, sosie officiel (belge) de l’Empereur

Monsieur Larcin n’est pas facile à joindre, nous avait-on dit. Moult tentatives estivales par téléphone, mail ou via ses réseaux sociaux ont vite confirmé la chose. À 57 ans, le quidam, ci-devant bijoutier-joaillier à Bruxelles, regard bleu perçant et nez aquilin (détails importants pour la suite vous le verrez) n’aura jamais donné suite à nos appels. Pour entrer en contact direct avec lui, il faudra patienter jusqu’au 27 septembre quand débutera le Week-end Impérial de Châteauroux. Et encore, sans doute faudra-t-il franchir un cordon sanitaire qui le séparera du reste du monde car Jean-Gérald Larcin est le sosie officiel de Napoléon et à ce titre il incarnera l’Empereur tout au long de l’événement. Ce qui n’est pas une sinécure comme l’intéressé (Jean-Gérald, pas Bonaparte) l’expliqua un jour dans un reportage sur la RTBF : «Lorsque vous êtes Napoléon, vous ne pouvez rien faire comme vous le souhaitez.»

D’abord simple grenadier

En souffre-t-il ? Pas vraiment. Jean-Gérald est monté dans l’ascenseur social napoléonien en 2011 sortant des rangs des grenadiers pour se glisser dans le costume du petit Caporal. «Il parait que j’ai la ressemblance physique, le nez de l’empereur, les yeux bleus. Ce n’est pas moi qui le dis. Point de vue taille, je n’ai qu’un demi centimètre de plus que lui» racontait-il encore sur le plateau de l’émission C Politique au moment des commémorations du Bicentenaire de la mort de Napoléon en 2021.

À l’époque, Jean-Gérald avait participé à quelques vingt-cinq événements dans l’année ce qui renvoyait l’Empereur à ses chères études si l’on se réfère à la chronologie de ses batailles. Il faut en revanche revoir les nombreux reportages ou écouter les interviews auxquelles le sosie belge a répondu pour deviner qu’il prend certes son rôle très à coeur – les Castelroussins pourront le vérifier fin septembre – mais avec un détachement certain qui le met à l’abri de tout trouble dissociatif de la personnalité. Avec une pointe d’humour et beaucoup d’esprit, ne disait-il pas en 2021, alors âgé de 53 ans : «Si j’étais Napoléon, je devrais être mort !» rappelant ainsi que Napoléon avait quitté ce monde à 51 ans.

Un costume européen

Tous les participants au Week-end impérial de Châteauroux ou aux autres reconstitutions vous le diront, en dépit du souci du détail qui les anime, ils n’échappent pas à quelques anachronismes. Jean-Gérald n’est pas le dernier à les relever. Ainsi, toujours pour la RTBF, vantait-il «L’Europe de Napoléon» en détaillant l’origine des pièces de son costume : «Mes bottes sont belges, mon bicorne est polonais et ma veste est française… » Son habit de lumière, justement, participe «à l’immersion que nous souhaitons pour le public, reconnaît Gil Avérous, le maire de Châteauroux. Il y a aussi le fracas des canons, les chevaux qui traversent la ville. Mais lorsque Jean-Gérald Larcin apparait en costume, c’est un peu comme si l’Empereur lui-même venait à Châteauroux. Il est un véritable passionné, très accessible et humain. Nous avons hâte de le retrouver et d’entendre son charmant accent belge », la seule grosse entorse historique, sans doute.

Benjamin Steimes, photographe de la ville de Châteauroux, a lui aussi côtoyé le grand homme (toujours pas Napoléon, mais bien Jean-Gérald Larcin) à plusieurs reprises lors de ses différentes visites dans l’Indre : «C’est vrai que j’ai photographié Napoléon. J’avais oublié mon âge !» il en garde néanmoins le souvenir d’un homme à trois facettes : «L’Empereur bien dans son rôle qui a toujours un petit moment de recueillement dans les cérémonies officielles. Il y a son côté plus historique, le Napoléon toujours prêt à taquiner ses soldats et sa vieille garde. Enfin, il y a Jean-Gérald Larcin, à fond dans son époque, très actif sur les réseaux sociaux, qui fait le lien, explique. Il est très détaché vis-à-vis de son rôle parce qu’il sait qu’il a aussi un rôle pédagogique.»

Comme dans le film « Un jour sans fin », le Belge est contraint de revivre chaque année la défaite de Waterloo. «On ne peut pas refaire l’Histoire. Ce n’est pas un jeu» se consolait-il en 2021. Ce doit être une difficulté sans nom d’être un autre depuis tant d’années. Qui plus est lorsqu’il s’agit de Napoléon 1er. Pour autant, Jean-Gérald Larcin s’acquitte parfaitement de sa mission. «Pourvu que ça dure» aurait dit Laetizia Ramolino, Madame Mère…

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