300 kilomètres pour se révéler

Sept marathons contre la maladie. Retour sur l’exploit de Romaric Boch

par Nicolas Tavarès

En mai dernier, Romaric Boch est entré en mission pour lutter contre le diabète de sa fille. Sept marathons en une semaine, le préparateur physique revient sur son défi.

Quand on aime, on ne compte pas. Surtout lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la maladie en mettant en lumière le quotidien pas toujours évident de l’un des siens, en l’occurrence, sa fille. En mai dernier, le temps d’une semaine qu’il savait ne pas être une partie de plaisir, Romaric Boch, coureur à pied émérite et ex préparateur physique de La Berrichonne football, s’est lancé un challenge qui a chamboulé sa vie et celle de son entourage. En une semaine de marathons quotidiens, à quelques centaines de mètres près, le Petit Diab’ a emporté dans un incroyable tourbillon « Roma », sa compagne Virginie, Lénaïc, leur fille diabétique et même le petit Loan qui suivait toute l’aventure avec la candeur de ses 5 ans. Carré Barré avait accompagné le défi le temps d’une étape entre Mézières-en-Brenne et Le Blanc, «la plus dure de toute la semaine» estime aujourd’hui Romaric. Au sortir de l’été, nous avons retrouvé le Corrézien de naissance, Berrichon de coeur et de raison depuis 2010, pour revenir sur l’événement.

Coach mental et dessinateur

Avec le recul, il en convient, le pari était insensé, surtout pour quelqu’un «qui n’avait jamais couru un marathon. Un mois avant, par l’entremise de Bruno Monjoint (l’un de ses accompagnateurs avec Loïc Dody, ndlr), j’avais rencontré Alexandre, un coach mental et Philippe, un dessinateur avec lequel il travaille. Nous avons fait un travail de réflexion sur la ligne de vie pendant six heures. À mi-travail, Alexandre m’a dit que le projet était suicidaire… Il a aussi mis en évidence un manque de confiance en moi.» À demi-mots, Romaric avoue que des larmes ont coulé et que la séance a révélé des failles chez un homme que l’on découvre rarement sans un large sourire qui lui barre un visage toujours bronzé. «Le travail avec Alexandre et Philippe a permis d’envisager le défi sous un autre jour, plus festif. Au début, j’étais tout seul dans mon truc. Je partais pour récolter des dons, je me sentais en mission depuis deux ans et la découverte de la maladie chez Lénaïc.»

Avec pudeur, l’athlète admet «avoir pris la maladie en pleine gueule. Ce défi, au départ, il fallait qu’il soit assimilé à la douleur. J’avais besoin de me faire mal et d’exister. Jusqu’à maintenant, j’existais à travers mon travail de préparateur physique et mental à La Berrichonne et par mes résultats sportifs. Et je me suis retrouvé au chômage…» Le risque de se perdre dans un défi qu’il semblait s’infliger comme une punition était grand. Au final, le tour de l’Indre en 7 marathons l’a révélé à lui-même.

Vers un Petit Diab’ 2

«Très rapidement, les gens se sont retrouvés autour du projet ; ça s’est emballé sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, si je devais qualifier le défi en un mot, ce serait « magique ». Dès la première étape, il y a eu des rencontres marquantes comme avec la famille Feuillade à Issoudun. Je me suis rendu compte que je n’étais pas seul.» Au fur et à mesure de l’avancée du Petit Diab’, des athlètes se sont joints à Romaric jusqu’à l’ultime étape dans les rues de Châteauroux où près de 300 personnes l’attendaient place de la République. «Un truc de malade. Je ne me souviens même plus par quelles rues on est arrivé sur la place !»

Trois mois après l’exploit – qui a permis de récolter 15 000€ remis à l’association Aide aux Jeunes Diabétiques (AJD) -, Romaric lorgne toujours son genou douloureux. On lui réclame un Petit Diab’ 2. Lui s’interroge. «J’ai mis plus d’un mois avant de regarder les photos du raid. Je réfléchis à mettre sur pied un ultra trail en étapes, à un tour du Berry pourquoi pas. Mais pour le moment, il faut que je retrouve du travail, une vie sociale et la compétition. Les courses me manquent. Je ferais bien une ou deux saisons de courses en haute montagne. Des choses que je n’ai pas pu faire pendant dix ans.»

Romaric a revu Alexandre. Les yeux se sont à nouveau embués, mais il se dit en paix avec lui-même. Avec Virginie, ils sont en pleine réflexion sur leur avenir professionnel. Il n’en a évidemment pas fini avec ce besoin viscéral de se sentir utile. «C’est mon éducation. J’ai toujours plus pensé aux autres qu’à moi. J’aime aider les gens, apporter du bonheur.» Pendant une semaine en mai, il a transformé sa fille et d’autres enfants souffrant du diabète en super héros. Si ça, ce n’est pas apporter du bonheur.

À l’heure des choix

Remercié par La Berrichonne football le 31 décembre dernier, Romaric Boch refermait une longue parenthèse avec le club de Ligue 2. Le préparateur physique a évidemment profité de cette pause pour se lancer dans le défi du P’tit Diab. Après avoir refusé une offre du club de Lausanne, le voilà à l’heure de la réflexion et des envies de voler de ses propres ailes. Détenteur d’un brevet d’État et d’un Master en préparation physique et mentale, le Castelroussin songe à monter sa propre structure «de coaching personnel et dans le milieu de l’entreprise où l’on recherche de plus en plus de coachs sportifs.» Une piste parmi d’autres car si dix ans dans le monde du football ne s’efface pas d’un claquement de doigts, Romaric lorgne également vers le milieu cycliste : «Ce sport a toujours tenu une place très importante dans ma vie.»

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