Clothilde Loiseau fait son nid

Commerçante à La Châtre, elle s’est réinventée pendant la crise

par Nicolas Tavarès

Rencontre avec Clothilde Loiseau, musicienne et gérante de la Confiserie Saint-Yves à La Châtre. Une commerçante avec un moral à toute épreuve.

À La Châtre, on a coutume de la voir au four et au moulin. Être un concentré d’énergie vous évite souvent d’avoir les deux pieds dans le même sabot. Pour Clothilde Loiseau, née au cœur de la Vallée noire il y a 31 ans, le four, c’est la Confiserie Saint-Yves. Sa confiserie dans laquelle elle s’épanouit et où elle a succédé à ses grands-parents (lire ci-dessous). Bonbons, chocolats et thés ; la jeune femme n’est pas loin de penser que le sucre, c’est la vie.

Voilà pour le four. Le moulin, c’est la musique, sa passion qui en a fait une licenciée en musicologie, option ethnomusicologie. Le hautbois, le piano, le saxo et même les percussions qu’elle manie avec ferveur mènent à tout. «Après ma licence, en 2009, j’ai postulé pour être directrice de l’école de musique municipale et cheffe de l’harmonie. J’ai pris mes fonctions en septembre de la même année. Je me suis retrouvée première femme cheffe de l’harmonie depuis sa création en 1884. Pour l’anecdote, mon arrière-grand-père paternel en avait été le sous-chef !»

Mais la voie professionnelle de Clothilde était ailleurs. Le destin, diront les uns ; la logique, penseront les autres qui se sont penchés sur ses racines familiales. Branche paternelle : un père, un oncle, une cousine et des grands-parents commerçants. Côté maternel : deux oncles chefs d’entreprise et les charcutiers Christin, bien connus à La Châtre. «Leur boutique était à 50 m de la confiserie. C’était des bosseurs qui ne comptaient ni leurs heures, ni leur générosité.» Maman a beau avoir été assistante sociale et sa soeur sage-femme, les gênes prédisposaient donc Clothilde au commerce, à tendance humaine. Va pour un nouveau chemin. En 2010, elle reprend la confiserie, mais à sa manière, en ne voulant rien devoir à qui que ce soit. Une marque de caractère qui l’accompagne au quotidien.

Une boutique à son image

Encore plus en cette période trouble du coronavirus. «J’avais 20 ans quand j’ai monté mon projet de rachat total, je suis allée rencontrer des professionnels pour être conseillée : banquiers et comptables En dix ans, il y a eu beaucoup de remises en question. En 2017, j’ai refait entièrement la boutique à mon image. Les idées ont fusé même si toutes n’étaient pas réalisables.»

Clothilde a l’habitude de dire que son projet préféré, c’est le suivant. Le Covid-19 n’entrait pas dans la case, mais en mars dernier, il s’est imposé à la commerçante comme aux autres. La Castraise avait le choix d’attendre que ça passe ou anticiper. «Juste avant le début du confinement, j’ai annoncé à mes clients la fermeture de la boutique. C’était le soir de l’annonce de la fermeture des restaurants et des bars. J’aurais pu rester ouverte, les règles me le permettaient. Mais je trouvais ça irresponsable et inconscient face à la crise sanitaire : les chocolats, les confiseries et les thés ne sont pas vraiment des produits de première nécessité.» Le chocolat c’est bon pour le moral pourtant.

Deux jours durant, Clothilde va cogiter. «Je pars du principe que respecter les règles, c’est bien, mais les adapter à chaque situation, c’est mieux. Je me suis dit que j’avais deux rôles à jouer : sauver ma boîte et « faire ma part pour autrui », le fameux précepte du colibri de Pierre Rhabi, qui est mon leitmotiv dans la vie. Il fallait que j’arrive à m’adapter à la situation en trois axes : réactivité, solutions pouvant déboucher sur des opportunités à long terme et surtout maintien, voire développement du lien clientèle.» Pâques arrivait, période cruciale pour qui vend du chocolat.

Drive et livraisons à domicile

«Le premier jour du confinement, j’ai annoncé sur les réseaux sociaux que je commençais les livraisons gratuites à domicile et la mise en place d’un drive. Le lendemain, je tentais le pari de créer moi-même un catalogue de mes produits de Pâques, chose que je n’avais jamais faite auparavant.» La bonne volonté fera le reste. Clothilde va battre la campagne castraise tout en réfléchissant à l’avenir. «Je ne pourrais pas passer du jour au lendemain au e-commerce pour des raisons techniques et financières. Mais mon idée, c’était de maintenir le lien humain. Alors je sais déjà que je vais généraliser le drive à l’année. Il a fallu adopter des méthodes de travail en quinze jours. Ça a été violent.» Clothilde l’avoue, elle en a aussi profité pour faire son introspection. «J’ai analysé ma situation professionnelle par le biais de mes deux hobbies, la musique et la moto. Je me dis que j’ai un orchestre à diriger et peu importe la catastrophe qui nous tombe dessus : la musique, elle, n’attend pas. Mais on doit également négocier une courbe délicate. Alors comme à moto, pour que la courbe ne soit pas fatale, il faut anticiper, analyser et fixer le regard loin sur la ligne droite qui suit.»

Et remettre les gaz au bon moment. Elle ne veut jurer de rien, mais Clothilde connaît la musique. Sur ce point, personne ne viendra la contredire.

Confiserie Saint-Yves
2, place Laisnel de la Salle à La Châtre
Tél.: 02 54 48 24 21

Une affaire de famille

C’est l’histoire d’une vieille maison d’habitation devenue institution. Nous sommes en 1980 et les grands-parents de Clothilde ouvrent ce qui devient la Confiserie Saint-Yves à La Châtre. C’est en 2009 que Clothilde Loiseau choisit d’en prendre la suite. Par conscience, elle veut en faire son affaire à elle, «partir de zéro financièrement. Inconsciemment, ma décision était prise depuis longtemps, mais le décès de mon grand-père a précipité les choses. » Le 1er mars 2010, Clothilde devient officiellement la gérante de la Confiserie Saint-Yves mais garde à ses côtés Monique, sa grand-mère, qui demeure toujours au-dessus de la boutique. «Elle a le statut de co-gérante. Au début, elle m’a conseillé, épaulé. Aujourd’hui, à 84 ans, elle est en pleine forme, mais c’est à mon tour de l’épauler.»

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