Accro à sa randonnée

Jean-Louis Camus ou l’histoire d’une passion pour la Rando de la Brenne

par Nicolas Tavarès

«La Randonnée de la Brenne sans le casse-croûte, le petit-déjeuner ou le ravito, c’est tout simplement inimaginable. Le touriste recherche l’authenticité de toute manière.» Il y a des choses avec lesquelles Jean-Louis Camus ne rigole pas. La Randonnée de la Brenne en est une. Mais pour peu que les touristes soient juchés sur un VTT, le cul posé sur la selle d’un cheval ou les deux pieds dans des chaussures de marche, tous lancés sur les chemins de la Brenne, alors le maire de Mézières-en-Brenne (depuis 1983) sera à deux doigts de les faire citoyens d’honneur de Bellebouche et ses alentours.

Quand on évoque la Rando, l’élu a le superlatif facile. Qu’il en soit l’un des créateurs explique sans doute cela. La première édition date de 1986, mais son histoire commence bien plus tôt : «En 1972-1973, nous avions un club de jeunes. Nous organisions des marches et nous avons pris conscience de la nature exceptionnelle dont nous disposions. Les chemins n’étaient pas entretenus, souvent larges, mais boisés. On a donc commencé à les baliser. Avec le temps, nous avons récupéré un patrimoine unique. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les randonneurs, les meneurs d’attelages notamment.» Tout au long des années, Jean-Louis Camus, Charles Guilloteau et quelques autres ont donc pris la mesure du potentiel de cette Brenne qu’ils vénèrent. Et la randonnée, c’est ce qu’ils ont trouvé de mieux pour la mettre en valeur. Pour en faire «le vecteur touristique numéro 1 de la région. C’est un vrai produit d’appel et pourtant, au début, nous n’étions pas nombreux à y croire. Une dizaine pas plus…»

Un patrimoine unique

Trente-six éditions plus tard, l’édile a toujours les mêmes yeux de Chimène pour le rendez-vous aoûtien. C’est l’endroit où il faut être quand on aime aligner les bornes, 35 par jour en moyenne, avec rien d’autre à penser que d’admirer la nature. Jean-Louis Camus n’a pas écrit toutes les pages du grand livre de la Rando, mais il en connaît le moindre chapitre. Il sait pourquoi la première édition de 1986 ne comptait aucun vélo au départ : «Tout simplement parce qu’à l’époque, le VTT n’existait pas. Charles (Guilloteau), qui a tracé tous les circuits, ouvrait avec un vélo qui se rapprochait un peu de ça. La deuxième année, ils étaient une vingtaine à vélos de ville. Pendant une dizaine d’années, le VTT fut la discipline dominante.» Les attelages sont arrivés un peu plus tard pour rééquilibrer les publics. «Nous avions un club de randonnée équestre, on nous a confié l’organisation du rallye régional qui a accueilli 150 cavaliers. On en a vu de toutes les couleurs.» Les cavaliers, eux, ont découvert une nouvelle terre d’aventures.

Un nouveau circuit

Un coin de paradis pour Jean-Louis Camus, où «pendant longtemps les chemins n’étaient pas une priorité pour les communes.» Les choses ont changé. Cette année, les randonneurs vont même découvrir des circuits inédits comme la voie de l’étang du couvent près de Saint-Michel-en-Brenne. «Les mecs vont rêver !» assure le maire de Mézières qui n’a toutefois pas résolu le problème des communications. «Au début, dans l’organisation, nous avons longtemps eu des gens de France Telecom qui prêtaient des talkie-walkie. Pendant la rando, je suis un peu partout. Le plus gros handicap, c’est toujours la couverture téléphonique. À Lancôme, Méobecq ou Migné, c’est compliqué.»

Dans le propos de Jean-Louis Camus, ce « handicap » reste toutefois un garant de la fameuse authenticité évoquée plus haut. Quand les pionniers étaient hébergés sous des tentes de l’armée «qu’on démontait pour installer les bivouacs à Rosnay ou Migné. C’est à la même époque qu’on s’est dit qu’on bloquerait le nombre de participants à 500 pour garder la convivialité. Ensuite, on a mis en place des points nature, des points surprises avec la découverte du lait de grenouille. La Randonnée de la Brenne c’est festif ! Dans les années à venir, il faudra maintenir ces basiques, la découverte de l’architecture, des producteurs locaux. Charles (Guilloteau) est là-dedans. Et puis de toute façon, rien n’arrête la Rando.»L’édile et organisateur à l’enthousiasme si communicatif s’impatiente de retrouver ses randonneurs estivaux. Il ne concède qu’une seule faiblesse : le nombre de bénévoles. «Ils sont comme moi, ils ont pris 36 ans !»

Randonnée de la Brenne
4, 5 et 6 août à Bellebouche
www.randonnee-de-la-brenne.fr

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