La Chine, comme d’habitude
Châteauroux a longtemps espéré voir la France en finale de la carabine 10m par équipe mixte. Mais la première médaille d’or des Jeux Olympiques de Paris 2024 est revenue à Yuting Huang et Lihao Sheng.
par Nicolas Tavarès

Une médaille d’or, cela se mérite. Et une finale ça se gagne. L’un dans l’autre, que Yuting Huang et Lihao Sheng se soient appropriés la toute première médaille des Jeux Olympiques de Paris 2024 s’inscrivait dans une certaine logique. Mademoiselle Huang et son binôme masculin ne sont-ils pas arrivés à Châteauroux avec le titre de champions du monde de carabine 10m par équipe mixte inscrit en lettres grasses sur leur CV. En soi, cela suffisait à faire de la Chine la grande favorite de l’épreuve. Quand vous saurez en plus que l’Empire du milieu rafle traditionnellement la fameuse première breloque des Jeux, il n’y a rien à redire sur l’issue du concours.
Secrètement, l’Indre et Châteauroux s’étaient pourtant pris à rêver. Se retrouver au centre du monde le temps d’une première finale olympique ce samedi 27 juillet au matin, avait fini par renforcer l’appétit des locaux. Peut-être un peu trop gourmands, ils espéraient un succès tricolore au Centre National du Tir Sportif (CNTS). Le scénario des qualifications en a malheureusement décidé autrement. Pire, la France n’a pas eu voie au chapitre.

Les Bleus plaçaient leurs espoirs dans deux équipes. L’une, composée d’Océanne Muller et Lucas Kryzs ; l’autre, associant Manon Herbulot à Romain Aufrère. Sur le papier, France 1 avait un léger avantage. Mais ce sont Herbulot et Aufrère qui négociaient au mieux l’obstacle des qualifs. Obstacle, c’est le mot juste, car pour goûter au stand «Finales» du CNTS et jouer une médaille, il fallait en passer par trente minutes et trente coups chacun, alignés aux côtés d’une soixantaine d’autres tireurs dans une ambiance de cour de récré où tout le monde peut se balader dans les travées. A priori, tout ce mouvement et la musique diffusée en fond sonore ne dérangent pas la concentration des tireurs. Ils ont un seul et unique objectif : accrocher l’une des quatre premières places pour aller chercher le bronze ou l’or. Pas besoin d’avoir fait maths sup’ pour comprendre le déroulement du concours : le score des deux tireurs s’additionne et des écrans diffusent en direct la position des duos. C’est le côté Concours de l’Eurovision de ces qualifications.
Vingt minutes à y croire

À ce petit jeu, Huang et Sheng posaient en tout cas les bases de leur triomphe à venir et se positionnaient aux avant-postes, talonnés par la Corée du Sud et la France qui oscillait entre la troisième et la quatrième position. Vingt minutes durant, Herbulot et Aufrère répondaient présents et tenaient en respect le Kazakhstan, la Norvège et l’Allemagne. Dans le même temps, Muller et Kryzs naviguaient dans les profondeurs du classement.
Les tricolores ont sans doute trouvé le money time un peu trop long à leur goût car d’un coup, Manon et Romain perdaient le fil et glissaient dans le classement. Le rêve métallique s’envolait tandis que Chine, Corée du Sud et Kazakhstan s’assuraient durablement leur billet pour la finale que la Norvège entrevoyait. C’était avant que les Allemands Anna Janssen et Maximilian Ulbrich viennent la coiffer au poteau dans les toutes dernières secondes. France 2 échouait au 9e rang et France 1 se contentait d’une anonyme 14e place.
Une heure plus tard, tireurs qualifiés, spectateurs et médias du monde entier migraient vers le stand finales, l’écrin rêvé pour une course à la médaille suivie de près par Amélie Oudéa-Castéra, ministre des sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques. Allemagne-Kazakhstan pour le bronze ; Chine-Corée du Sud pour l’or et un règlement qui différait quelque peu : la première équipe arrivant à 16 points empochait la victoire. A ce petit jeu, les Kazakhs Alexandra Le et Islam Satpayev n’ont pas eu de mal à se débarrasser de Janssen et Ulbrich, signant un 17-5 à grands coups de 10.9 sur la cible, ce qui en d’autres termes n’est pas loin du plein cœur.
Le sang froid de Wang Yifu

Dans la grande finale, Huang et Sheng auront d’abord subi un 2-0 de la part des Coréens. On appelle ça un affront que les Chinois allaient rapidement laver. Inexorablement, ils creusaient l’écart pour mener 8-4. Mais le sud Coréen n’est pas du genre à tomber sans les honneurs. Jihyeon Kelim et Hajua Park provoquaient quelques frayeurs dans le camp chinois. On soulignera toutefois le calme olympien avec lequel Wang Yifu traversait quant à lui cette finale. Les hasards du placement des médias, nous ont fait côtoyer de près cette légende du tir : double champion olympique au pistolet à Barcelone et Athènes, médaillé d’argent et de bronze à Los Angeles, Atlanta et Sydney, il est aujourd’hui le boss de la délégation chinoise.
À chaque nouvelle série de tirs, même quand la Corée raccrochait à 14-12, il restait de marbre et posait une main ferme mais apaisante sur l’épaule d’un des membres du staff en transe totale. Après avoir repoussé l’échéance par deux fois en sauvant deux balles de match, les Coréens laissaient filer la médaille d’or. Le sourire timide de Yuling Huang au moment de la victoire 16-12 contrastait avec le visage totalement fermé de son équipier Lihao Sheng. Dans les gradins, Wang Yifu se levait tranquillement et imposait sa force tranquille au milieu des cadres chinois cette fois en plein délire.
À midi, les officiels passaient autour du cou de Huang et Sheng la première médaille d’or des Jeux de Paris 2024. Faute de Français qualifiés en finale, France Télévisions n’avait pas ouvert son canal à la finale. On ne peut pas tout avoir.