À l’échelle de Michel Rabillé

Le Poinçonnois demeure l’un des sept derniers maquettistes en France

Par Nicolas Tavarès

Michel et les maquettes, c’est l’histoire d’une vie. Une école de la patience et de la précision sur les bancs de laquelle il s’est assis dès l’âge de 5 ans, l’époque où l’enfant de Neuvy-Saint-Sépulchre construisait des moissonneuses-batteuses avec des morceaux de bois. Il a ensuite fait d’un loisir son métier. «Comment expliquer cette passion? Je ne sais pas, j’ai toujours fait ça.» Ce qu’il sait en revanche, Michel, c’est qu’à 71 ans il n’envisage toujours pas de prendre sa retraite. Parce que l’enthousiasme le tient encore et surtout parce qu’aujourd’hui, il fait figure de dinosaure dans une profession qu’ils ne sont plus que sept à exercer en France.

Le plus précis et le plus patient des habitants du Poinçonnet n’en fait pas mystère: «Après moi, ça s’arrêtera. Je n’ai pas trouvé d’apprenti ; mon fils Teddy s’est tourné vers le flocage et ma fille Charlène, qui était très douée pour les maquettes, a préféré prendre une tout autre voie.» Alors Michel Rabillé s’est préparé à l’inéluctable disparition de MFV (Maquettes, Formes, Volumes) sa société lancée au milieu des années 90, dont le carnet de commandes ne désemplit pas. Cela fait des années que ça dure. Avant d’aller au devant de sa success-story, Michel a suivi un parcours professionnel où la mise à l’échelle était déjà de mise.

Première maquette à 5 ans

Dessinateur en bâtiment, il a travaillé à la centrale de Dampierre-en-Burly dans les années 70 puis a occupé un emploi du côté de Gien. En 1979, on lui passe commande de sa première maquette professionnelle, mais il n’en fait pas encore son quotidien. Il faut attendre 1981 pour s’en rapprocher quand, pour marquer son retour dans l’Indre, il saisit l’opportunité de reprendre un commerce… de modélisme, le genre de chose qui ne s’invente pas. «À ce moment-là, je fais aussi une centaine de maquettes à l’année.» Dans la décennie qui suit, « Model Maker » accueillera tout ce que le modélisme compte de passionnés dans le département. En coulisses, Michel fait face à de plus en plus de commandes.

En 1991, il ouvre donc une nouvelle parenthèse, celle de MFV. Si la plupart de ses clients sont Français, la petite société indrienne arrache des contrats avec l’Amérique du Nord ou l’Afrique. Au 1/8, au 1/16, au 1/20, au 1/43 ou au 1/100, le Poinçonnois décline son travail à toutes les échelles et tous les styles et c’est encore vrai aujourd’hui. Le jour de notre visite dans son petit atelier, Michel mettait la dernière touche à trois projets: un travail autour d’une cuve à gaz en partance pour l’Angleterre ; un récupérateur d’eau émanant d’une société de Rennes et une maquette sur l’isolation de l’habitat pour l’agence du climat de Strasbourg. «Régulièrement, je suis obligé de refuser des maquettes. Ce sont les clients qui viennent me chercher: des entreprises du bâtiment, des collectivités, des particuliers; je fais tout sauf du travail d’architecte parce que c’est beaucoup trop exigeant. La notion de plaisir est obligatoire.»

La notion de plaisir

Dans son antre, le septuagénaire applique sa méthode et use de tous les artifices, ses petits trucs à lui, pour coller au plus près de l’original: «Mes maquettes sont réalistes à 100% ; je ne serais pas satisfait dans le cas contraire. J’ai été le premier en France à avoir une imprimante 3D utilisant de la résine. Elle m’avait coûté 20000€ à l’époque. Je m’en suis débarrassé assez vite: ça ne valait pas le travail manuel. Et puis je préfère le plastique.»Les étagères qui l’entourent débordent de matières premières. Michel Rabillé a ses habitudes dans un magasin de jouets de l’agglomération castelroussine. Il va à Rungis pour tout ce qui est végétation et il a profité du rachat du stock d’une entreprise strasbourgeoise pour se permettre de voir venir.

Dans sa longue carrière, Michel convient avoir réalisé quelques pièces particulières; ainsi cette maquette d’un immeuble au Burkina entièrement éclairée; ou sa transposition d’une infographie résumant les missions de l’Office National des Forêts qui s’est traduite par une réalisation de «six mètres de diamètre qui a nécessité trois allers/retours pour la livraison à Paris.» Notre homme, qui adore reproduire les machines en tout genre, est également très fier de sa tour Eiffel ou de son Centre aquatique Balsan’éo aux dimensions exceptionnelles.

Mais la pièce qui a le plus de valeur à ses yeux n’a pas répondu à la commande d’un client. Elle trône au coeur de son pavillon et le renvoie au petit garçon d’une dizaine d’années qu’il était quand en mai 1960 a été mis à l’eau le paquebot France. Cette reconstitution du transatlantique, «je l’ai commencée juste avant la mise à l’eau du France et je l’ai terminée pendant le Covid. On peut effectivement dire que ça a été la maquette d’une vie!» À son échelle cela représente quand même soixante ans.

Michel Rabillé Maquettes
Tél. : 06 76 88 02 55
Site : Michel Rabillé Maquette
FB : Michel Rabillé Maquette

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