À (grande) taille humaine

par Nicolas Tavares

Histoire d’Yzeures n’Rock, le festival qui ne se prend pas pour un autre

Sébastien Manuel est l’un des fondateurs du festival Yzeures n’ Rock. En 20 ans, le co-président chargé de la programmation a vu le bébé grandir tout en conservant l’esprit associatif qui le met à l’abri des mauvaises surprises. Secrets de fabrique.

Naissance

«Nous avions un copain musicien qui avait fait un petit concert sur le site de la baignade où nous sommes encore aujourd’hui. On s’est dit: « Faisons un truc plus poussé ». Le comité des fêtes a dit: « Allez-y les jeunes ». On avait 20 ans. Pendant cinq ans, nous avons fait un festival gratuit sur une soirée avec trois, quatre artistes. Au bout de cinq ans avec Kévin (Bussereau) l’autre co-président, on a décidé de faire venir des artistes un peu plus connus. C’était en 2011 et la première version payante. Le premier grand nom, c’était Raphaël. En 2013, nous avions réussi à avoir Tryo qui a lancé le festival avec un premier complet à 6000 spectateurs.»

Fondateurs

«Nous étions six, nous sommes toujours cinq. Une seule est partie. Il y a les copains et copines, la même équipe gagnante du départ! À part Bruno, le copain musicien, aucun d’entre nous n’est dans le monde du spectacle. Il y a une psychologue du travail, une chargée de com, moi je suis web designer, Kévin est dans les parcs et jardins. On a su développer notre projet sans salariés. On sait à peu près tout faire désormais.»

20 ans

«Alors on ne pensait peut-être pas atteindre les 20 ans, mais grossir tranquillement. C’était dans les objectifs. On ne voulait pas s’emballer comme certains festivals qui au bout de trois ans sont déjà à 1,5 millions de budget. Nous avons nos métiers, nos familles. Personne n’a pour l’instant essayé de nous reprendre. Ils savent que Yzeures n’Rock, derrière, ce ne sont que des bénévoles et ça, ça va être difficile à venir chercher. Ils sont 600 sur le festival et Yzeures, c’est 1300 habitants…»

Difficultés

«La plus grande, c’est de prendre des vacances ! Depuis 20 ans nous prenons tous deux semaines sur nos congés payés pour organiser le festival. On pourrait partir au bord de la mer, mais pour faire plaisir aux gens on fait ce sacrifice depuis 20 ans.»

Réussite

«Elle est venue justement parce que nous y allons tranquillement. C’est d’abord des copains. Il y a eu des engueulades sur des aspects techniques, mais ça passe. On se connaît depuis trente ans. On connaît les caractères de chacun et on s’adapte.»

Rêve

«Il y a tout le temps des artistes qui sont compliqués à avoir. Qui sont trop gros ou très peu en concert. Ce sont des cibles que l’on aura peut-être un jour. Il y a des gros, des très gros que nous ne sommes pas capables d’avoir. Il y en a d’autres qui aiment bien faire les petites dates, mais qui sont compliqués à avoir. On se contacte, on espère concrétiser dans quelques années. On a rencontré des artistes étrangers, ce n’est pas évident. Nous avons une jauge de 13 à 15000 personnes. Les Stones? C’est trop cher, nous avons des rêves un peu plus abordables. Il y a des artistes presque prêts à venir. Manu Chao? Bien sûr qu’il est dans le délire du festival. On s’est déjà rencontré. Il ne veut faire que des petits festivals. On cherche à l’avoir depuis 7-8 ans. Ça a failli se faire une fois…»

Suite

«On va rester sur cette jauge et par la suite grossir un peu plus, prendre 500 à 1000 personnes tous les deux ans. Nous ne sommes qu’une asso, si sur une édition on prend des orages, que le public ne vient pas ou qu’un artiste annule, autant de choses qui nous ferons perdre de l’argent, bon ben voilà, on aura tenu 20 ans. Nous n’avons pas cette pression de faire vivre des gens ou une obligation d’organiser tous les ans le festival. Si demain, d’un commun accord, on décide d’arrêter, on peut le faire, nous avons en tout cas cette force.»

Souvenirs (1)

«La première année où Tryo est venu, en 2013. C’était trop gros pour nous, nous étions plutôt sur la Rue Kétanou qu’on aime bien et qui est dans le même délire qu’Yzeures. Mais leur tourneur nous a dit qu’ils n’étaient pas dispos, en revanche Tryo était libre. Ils nous ont fait un tarif de dingue. C’est le meilleur souvenir. Inattendu ; inespéré. Personne aux alentours n’avait encore eu Tryo. On fait 6500 personnes sur la soirée, c’était fou, la première grosse pression sur les épaules.»

Souvenirs (2)

«Après le Covid pour l’édition 2022 on s’était dit que ça allait repartir, mais les gens étaient frileux. On a perdu pas mal d’argent malgré de super artistes. On a toujours en tête cette édition pour éviter de refaire les mêmes erreurs.»

Coups de cœur

«Avoir eu Shaka Punk deux fois. La plus grande jauge qu’on ait jamais faite avec plus de 15000 personnes. Louise Attaque dont on usait les CD étant jeunes. Mourad, de la Rue Kétanou, qui revient très régulièrement avec différents groupes. »

Édition 2026

«Jean-Louis Aubert parce que c’est un artiste qui donne tout. Pour deux, trois personnes de l’asso qui le réclamaient depuis longtemps, c’est le graal.»

Yzeures n’Rock
Site de la Baignade à Yzeures-sur-Creuse
du 31 juillet au 2 août
Site : www.yzeuresnrock.com

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