Tourny-Gallois, ça bombarde !
par Nicolas TavarèsÀ l’heure du Son Continu, Géraldine Gallois et Sébastien Tourny mettent leur duo en sourdine
Certains considèrent le Son Continu (10 au 14 juillet) comme La Mecque du genre. Le temps du rassemblement des instruments et musiques populaires, le château d’Ars ressemble surtout à un passage obligé qui fige les agendas des artistes, des exposants et des danseurs. Ils sont nombreux à venir à Lourouer-Saint-Laurent en juillet et parmi eux Sébastien Tourny et Géraldine Gallois dont l’actualité est particulièrement fournie. En commun, il y a ce duo Tourny-Gallois que l’on retrouve régulièrement à l’affiche des bals trad du coin. Mais le duo a lui aussi été happé par l’effervescence du Son Continu.
Depuis la première édition, Sébastien fait partie de l’organisation: «Je suis chargé de la gestion du salon des luthiers et comme je suis moi-même luthier, j’expose aussi. Je suis sur le salon de 10h à 19h et normalement, en fin de journée on boeuffe, mais je termine les journées rincé. Je ne suis plus tout jeune» dit en souriant le quinquagénaire castrais. Géraldine exposera elle aussi pour faire la promotion des Maîtres Sonneurs, lecture musicale illustrée réalisée avec Olivier Chéné (illustrateur) et Manu Tourny. L’adaptation du roman de George Sand sera d’ailleurs présentée en public le premier jour du Son Continu (toutes les dates sur www.chanoutprod.wixsite. com/chanout).
Pour entendre la vielle de Sébastien et l’accordéon de Géraldine ensemble, mieux vaudra filer au festival du Lézart Vert de Fursac (Creuse) le 23 juillet. Ou alors patienter en écoutant comment est né ce duo «qui fait de la musique pour danser» sans jamais se soucier des querelles de chapelles entre les différentes branches de la famille trad. Leur association remonte quoiqu’il en soit à l’année 2016, mais leur rencontre est beaucoup plus ancienne et les circonstances valent qu’on les dévoilent. Car si ces deux-là étaient faits pour s’entendre musicalement, leur parcours respectif n’aurait jamais dû se croiser. Surtout, qui aurait pu imaginer que le facteur X aurait la forme d’une bombarde?
Une voisine bruyante

«En 1998, j’étais dans mes délires multi-instrumentistes, remet la Dyonisienne. J’ai eu envie d’essayer la bombarde. J’en avais acheté une en Bretagne et au cours d’une répétition, elle s’est retrouvée sous les fesses de quelqu’un qui l’a cassée. J’avais vu dans le journal qu’un monsieur Kerboeuf réparait les vielles à roue à La Châtre et qu’il jouait aussi de la bombarde. Je suis allée le voir dans son atelier; Sébastien y travaillait également. Ça a été notre première rencontre. Et le pire, c’est que je n’ai jamais joué de bombarde, à part pour embêter mes voisins parce que l’instrument est, disons, très très bruyant.»
«C’est plus tard, beaucoup plus tard, que ça a matché au niveau de la musique. Au moment des Genoux en fait, se souvient Sébastien Tourny. Dès les premières dates du groupe, un jeune public a commencé à s’intéresser aux bals trad.» Géraldine faisait partie des fondateurs du groupe alors même que, plus jeune, elle n’avait aucune connexion dans le milieu: «J’étais dans le reggae, le rock…J’ai toujours aimé toutes les musiques en général. Le trad, je m’y suis juste incrustée en allant à Saint-Chartier pour retrouver les copains. De fil en aiguille, j’ai appris à danser, puis à retenir les mélodies pour enfin les jouer sur d’autres instruments. Et je ne jouais pas non plus de l’accordéon chromatique à ce moment-là.» En autodidacte assumée, elle a donc forcé les portes du milieu. De leur côté, Sébastien et son frère Manu menaient leur vie, apparaissant dans différents groupes (Delo Dela, La Bête Noire), en duo ou en trio avec le renfort d’Étienne Pinoteau.
Solfège versus oralité
Des deux membres du duo, il est le seul à avoir fréquenté le conservatoire ; il en garde un souvenir contrasté. «J’ai suivi trois ans de solfège avant de me présenter à la classe de trompette où je n’ai pas été admis en raison d’un niveau jugé trop faible en solfège! Jacky Aucouturier, professeur de vielle à roue au conservatoire, lui, m’a accepté car la musique traditionnelle s’apprend par l’oralité, sans nécessité de connaissances théoriques préalables.» Le luthier de La Châtre a fait du chemin depuis. Jusqu’à croiser la route de Géraldine avec laquelle il tient la rampe une bonne dizaine de dates tous les ans. Ce qui lui laisse du temps pour mener à bien sa carrière professionnelle. Sébastien est un luthier réputé. Dans sa clientèle, on trouve Greg Jolivet, Gilles Chabenat ou Gabriel Bonnin.
Géraldine, elle, se voit comme une artisane du spectacle, n’hésitant jamais à prolonger un bal par un mix aux platines. Elle apparait alors sur scène en DJ Dgé pour «passer tous les styles des années 60 à aujourd’hui. Il y a des choses très kitchs. Ça fait rire tout le monde, moi la première.» Avec Géraldine, rien n’est jamais figé. Les Maîtres Sonneurs et leur livret accaparent les esprit. À l’avenir, la question se posera de savoir «si Manu, joueur de cornemuse et de clarinette, a envie de rejouer avec nous.» Ça fera toujours un sujet de discussion dans les allées du Son Continu en attendant de rejouer des scottish, bourrée, valse, mazurka, polka ou gavotte ici ou là.