Au service de la solidarité

Quand entrepreneurs et associations se dressent dans la tempête

par Nicolas Tavarès

Ils évoluent dans l’industrie du luxe ou dans le monde de l’automobile, quand ils ne font pas dans la vulgarisation scientifique. En pleine crise, leurs initiatives sont sorties du lot.

Inventaire à la Prévert façon crise du coronavirus : véhicules de courtoisie pour personnels soignants ; masques homologués pour commande de collectivité territoriale ; visières de protection pour l’administration. Liste non exhaustive de quelques initiatives qui ont vu le jour dans l’Indre par la (mauvaise) grâce d’un confinement généralisé. Et à chaque fois une même motivation : rendre service à la communauté.

Périer Automobiles joue la courtoisie

C’est aussi la philosophie de Patrick Périer. Le concessionnaire automobile du Forum du Poinçonnet a bien évidemment une affaire à faire tourner, mais lorsque le confinement l’a contraint à baisser le rideau, l’atelier de la concession ayant dû fermer faute de logistique d’approvisionnement de pièces détachées, il eu l’idée de mettre à disposition, «prioritairement» aux personnels de santé, les 30 véhicules de courtoisie dont il disposait. Juste le temps de les désinfecter et de les réviser en seulement deux jours grâce à son équipe motivée tout autant que lui… et voilà comment on n’en est arrivé là. Là ? C’est Facebook, où a été postée une annonce le 18 mars avec plus de 1 000 partages solidaires en seulement 24h, qui a prévenu les soignants de tout le département. L’action de Périer Automobiles a même été repérée et relayée par France Télévisions.

Depuis il y a eu 27 prêts et 42 interventions ont été réalisées. «De la batterie à la crevaison en passant par des pannes plus complexes, on m’appelait et mon but devenait simple : prêter une voiture au plus vite quitte à me rendre sur place, raconte Patrick Périer. C’était juste une action solidaire, pas du business, du médecin à l’infirmière en passant par les personnels d’Ehpad mais aussi des élèves infirmiers mobilisés contre le Covid19 ou encore un couple de jeunes parents en panne eux aussi dont le bébé prématuré était hospitalisé à Tours. Au final, une formidable aventure humaine.»

Le Groupe Rioland voulait se rendre utile

À quelques kilomètres de là, à Baudres, ce sont quelques-unes des petites mains du Groupe Rioland qui sont entrées en action solidaire. Maroquinier d’exception pour les grandes marques de l’industrie du luxe, Rioland n’a pas échappé au ralentissement de son activité avec le confinement. Mais Jean-François Rioland, son PDG, n’a pas hésité à répondre à l’appel du Département de l’Indre lorsque celui-ci a lancé sa commande de masques de protection homologués.

«Comme le groupe Marck (ex Balsan, ndlr), nous nous sommes portés volontaires pour rendre service. Notre activité était évidemment restreinte puisque nos clients habituels ne pouvaient nous faire travailler. Nous avons commencé avec une douzaine de personnes et nous allons monter jusqu’à une centaine d’employés qui vont coudre des masques de niveau 1 ou 2 réservés au grand public, notamment. La coupe est réalisée en amont, dans notre pôle de Baudres et cinq ateliers sur huit seront ouverts pour l’occasion. Il a juste fallu acheter une quinzaine de machines, un matériel un peu spécifique.» Le Groupe Rioland a su s’adapter. Simplement.

Le Labo-Motive et la 3D en renfort

À l’instar du Fab Lab le Labo-motive. Vous ne connaissez pas ? Peut-être parce que vous ne vous intéressez pas à l’impression 3D et ses débouchés. À l’ombre de l’ancienne gare de Saint-Maur, l’association présidée par Jean-Christophe Léger faisait dans «la vulgarisation des nouvelles technologies. La modélisation des pièces, la découpe laser. Trois de nos adhérents (une trentaine en tout) travaillaient par exemple à la création d’un robot « inmoov« . Jusqu’à maintenant, nous fabriquions aussi nos propres imprimantes.»

Mais ça, c’était avant le coronavirus qui a rebattu toutes les cartes. «On s’est d’abord retrouvés confinés, le labo fermé. Puis un de nos adhérents a été contacté par l’ordre des chirurgiens-dentistes. Il fallait qu’ils rouvrent certains cabinets pour les urgences. Ils avaient besoin de visière de protection. Avec deux imprimantes 3D, nous avons donc commencé à modéliser des fixations.» Une cinquantaine de makers participent désormais à l’aventure. Jean-Christophe Léger : «En un mois, nous avons livré plus de 10 000 visières. » Le Labo-Motive ne se fixe aucune limite. «Si une entreprise est intéressée, elle nous contacte, nous fonctionnons par dons. Nous fournissons gratuitement les personnels médicaux, la gendarmerie, les institutions locales ou départementales.»

Soutenu par la Région

L’association saint-mauroise a également été conviée à la table des présidents de Fab Lab de la Région Centre-Val de Loire par le président Bonneau «pour faire le point sur les actions et les besoins pour continuer. Il nous a annoncé que le Labo- Motive recevrait une subvention de fonctionnement de 1 500 €.» Jusqu’à présent il n’était subventionné que par la commune de Saint-Maur. «L’Indre est un des rares départements de la région où un Fab Lab s’est organisé en petite entreprise. Il n’y avait pas d’autre alternative industrielle. Avec l’impression 3D, on concourt simplement à préserver les gens.» Le temps de la vulgarisation est maintenant révolu !

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