Jouer à tout prix et en harmonie

Les musiques municipales passent de la scène au concert virtuel

par Nicolas Tavarès

Carré Barré voulait mettre en lumière les sociétés musicales de l’Indre en live. Tout se termine par des vidéos collaboratives.

Voilà quelques mois, nous avions rencontré Ludovic Rabier, chef de l’orchestre d’harmonie et du brass band de la Musique municipale de Châteauroux avec une idée simple en tête : porter un éclairage sur le fonctionnement d’une vénérable institution qui regroupe quelque 90 membres et fêtera ses 170 ans en 2021. Un petit focus sur l’Harmonie municipale de La Châtre complèterait la chose (lire par ailleurs) pour mettre en lumière l’activité des sociétés musicales de l’Indre. Bref un sujet idéal au début du printemps. Il faudrait ensuite revoir Ludovic et son président, Yannick Ovide, pour prendre la mesure du fonctionnement de la Musique municipale «constituée de trois phalanges : le brass band dont s’occupe Ludovic, l’orchestre d’harmonie avec Ludovic et Jean-Marie Weiss à sa tête, et la formation d’instruments d’ordonnance que l’on retrouve lors des cérémonies officielles.» Yannick Ovide s’accrochant à un objectif constant : «Maintenir un niveau d’exigence et de qualité.»

Et puis patatras. Mars arrive, le concert de printemps du 15, «notre plus gros rendez-vous de l’année» juge Ludovic, vacille face au coronavirus puis entraîne dans sa chute les concerts aux quartiers programmés en juin et même la fête de fin de saison aux Cordeliers. À La Châtre, Clothilde Loiseau, directrice artistique de l’Harmonie municipale, a déjà essuyé l’annulation de la première aubade de la saison avec les mesures de distanciation sociale au passage de Paris-Nice. Sans parler de tous les autres rendez-vous printaniers annulés sans autre forme de procès.

Nous en étions là et ce « Style de Life » en notes de musique n’avait plus lieu d’être en avril, pas plus qu’en mai ou en juin. Jusqu’à ce que Ludovic Rabier soit soufflé par la remarquable interprétation du Boléro de Ravel par les 100 musiciens de l’Orchestre National de France en confinement. Un buzz et une inspiration en mode majeur pour la Musique municipale. «C’était énorme. Je me suis dit, comment faire quelque chose comme ça ? La vidéo, je ne sais pas faire, commente le chef. Denis Reignoux (tubiste dans les clips et ingé son sur le projet, ndlr) nous a expliqué qu’il n’y avait aucun souci pour faire quelque chose avec nos orchestres. On travaillait depuis longtemps avec Jérôme Grenouilloux (ci-contre) qui filmait nos concerts. C’était un défi.»

Des Underdogs au brass band

Un sondage auprès des musiciens, le 14 avril, donnera le coup d’envoi du projet. Quinze jours après la vidéo de 25 membres du brass band jouant chacun chez soi « Mountain Lights » de Mario Bürki était mise en ligne. «Dès les premiers jours du confinement, j’avais fait des clips comme celui-ci avec les Underdogs le groupe dont je suis le batteur. C’est un faux direct, en fait, et le plus gros problème technique, c’est que c’est pris d’après le son des téléphones, explique Jérôme Grenouilloux. Mais Denis Reignoux s’est chargé de lisser ça. Avec le brass band, ça a été un peu compliqué à évaluer et en plus nous avions oublié un musicien au montage. Pour l’harmonie, ils étaient 50. Il a fallu être organisé. C’est un gros temps de calcul.» Jérôme, vidéaste pour sa microentreprise « Les P’tits films », avait du temps pour travailler sur le projet, il s’en est donné à coeur joie.

«De notre côté, nous tenions à ce que le brass band et l’harmonie (« Paradise » de Coldplay) fassent chacun leur vidéo parce que nous voulions que la Musique municipale vive, poursuit Ludovic Rabier. Les gens se sont défoncés et certains partaient de zéro. Ils avaient reçu la musique sur une clé USB, il fallait un casque et ils jouaient au clic. Il y a eu des crises de nerfs et un gros travail de studio. Ça a été plus qu’une répétition et une pression énorme.» «Mais ça a vraiment plu aux gens» insiste Yannick. «Tout le monde a un peu jonglé. C’était l’occasion de reprendre l’instrument qui n’était pas forcément une priorité en confinement» ajoute Ludovic.

Et c’est ainsi que la Musique municipale, même privée de vrais concerts a enfin pu apporter une touche de fraîcheur dans les pages de Carré Barré.

À La Châtre, la musique hors les murs

L’Harmonie municipale de La Châtre aime le grand air. Depuis longtemps, l’association, créée en 1884 et aujourd’hui présidée par Jean-Philippe Naissant, a ajouté une version « musique de rue » à son répertoire. C’est à Clothilde Loiseau, cheffe d’orchestre, d’entraîner toute la troupe dans son sillage. «Nous avions des répertoires que j’ai souhaité amplifier. Pour la musique de rue, nous avons ajouté celui des bandas. Le tout en s’appuyant sur un échange stylistique et intergénérationnel entre les différents musiciens de l’Harmonie.» Ce choix d’une musique festive vaut à l’association de remplir chaque saison son agenda de mai à septembre. Paris-Nice aurait dû marquer le coup d’envoi 2020. Il faudra patienter pour voir Clothilde Loiseau donner le ton, grosse caisse en mains, avec une incroyable et communicative énergie musicale…

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