Bill Banquise rompt la glace

Portrait choral du combo qui sort d’une retraite de près de 20 ans

par Nicolas Tavarès

Du milieu des années 80 jusqu’au début des années 2000, Bill Banquise, collectif musical et déjanté, a enjambé la scène locale. Le groupe vient de se reformer et il a encore la pêche.

Le réchauffement climatique a du bon : il a libéré des glaces un collectif de musiciens disparu depuis si longtemps qu’il était quasiment devenu une légende urbaine. Et pourtant, Bill Banquise et les Icebergs ont bien existé. La preuve, ils remontent sur scène! Il a suffi d’un mail, il y a un peu plus d’un an pour que le noyau dur – Jean-Christophe, Étienne, Eddie, les deux Denis et Pascal – décide d’écrire un nouveau chapitre à l’histoire. Le temps que tout ce beau monde range les déambulateurs en backstage et sonne le rappel du reste de la bande, soit Benoît, Tuf, Sophie et Jean-Philippe, et un long cycle de répétitions débutait dans le plus grand secret entre Bruxelles et le 9 Cube à Châteauroux.

Mais à ce stade du retour de hype, il convient d’effectuer un bond dans le temps, en 1985 très exactement. Quelques lycéens formés au conservatoire ou autodidactes se retrouvent dans un garage pour répéter. Puisqu’il faut baigner les racines dans d’incontournables influences, disons que le groupe qui n’a pas encore de nom se pique de mélanger jazz, funk et rock avec une pincée de variété. Pour le jeu de scène, ça lorgne du côté des joyeux drilles d’Odeurs ou de Raoul Petite.

«On avait de 16 à 21 ans, un sacré panachage de niveaux techniques et des rêves de lycéen. À Châteauroux, il existait une scène ouverte lors de la fête de l’aumônerie. On a décidé d’y aller. Deux heures avant notre premier concert, il a fallu trouver un nom.» Jo Butagaz et ses brûleurs ou Bernadette Soubirou et ses apparitions étaient déjà pris (véridique). «Il n’y a pas eu de brainstorming, on a trouvé Bill Banquise et les Icebergs comme ça, sans plus d’explications. Ça s’est passé dans une Super 5.» Le détail a son importance, il confirme que les grandes aventures naissent parfois dans de petits creusets. Bill Banquise lancée, les automatismes vont se mettre en place. «Mais le truc fondamental, c’est qu’on aimait être ensemble, dit la voix collective. On a toujours eu cet état d’esprit. On a commencé à 5 et puis pendant le Off de Darc, pour le Darcomobile, d’autres sont venus nous rejoindre.» La période est festive pour ne pas dire foutraque, les Icebergs se compteront jusqu’à 17 sur scène.

En 2003 à Argenton ou un an plus tard à Villedieu, les mémoires défaillent sur ce point, le collectif s’arrête pourtant. Splite sans fâcherie parce qu’ainsi va la vie. «Certains sont devenus professeurs de musique, instits ou technicien du son en radio. Mais nous ne nous sommes jamais perdus de vue.»

Un seul objectif : jouer en live!

Retour au XXIe siècle dans les pas de celui par qui Bill Banquise est ressuscité : Jean-Christophe. Désormais installé en Belgique, il a composé de nouveaux titres, certains travaillés à quatre mains avec Benoît Mansion (ex Léopold Nord et Vous, auteur du célèbre « C’est l’amour« ). «Benoît nous a rejoint lors des premières répétitions en décembre dernier. On a répété dans son studio. Il nous a apporté son professionnalisme.» La troupe reformée n’a qu’un seul objectif : rejouer en live. «Ça a toujours été la priorité parce qu’il y a une véritable énergie collective chez nous.» Bill Banquise a donc rallumé la chaudière et s’est mis en quête de dates, lorgnant sur les festivals de 2023 et plus si affinités. Musicalement, si les membres du collectif ont blanchi sous le harnais, ils ont résolument basculé rock. «Bill Banquise, c’est bi-polaire» résume un Iceberg pour expliquer ce glissement artistique. Un autre recontextualise : «On se lance comme un jeune groupe, mais ce n’est pas une colo pour autant. Il y a de la déconne, mais elle est sérieuse. On veut que ce projet soit parfait, énergique ; que les gens soient contents de nous voir et surtout que ça plaise…»

La version 2022 de Bill Banquise jouera débarrassée de ses oripeaux de la grande époque, le style ne se prêtant plus aux déguisements. Les chanceux qui ont assisté au premier concert officiel, au 9 Cube, le 30 septembre dernier confirmeront que cette bande rattrapée «par le démon de 23 heures» (pendant musical de celui de midi) a déjà trouvé la bonne carburation.

À l’heure de partir en quête de nouveaux fans, on a demandé aux Bill Banquise ce que serait désormais leur rêve ultime. «À l’époque, il y a eu le regret de ne pas avoir eu notre chance» a d’abord expliqué Eddie. «Être là, ici, sur la scène. Simplement se retrouver et jouer» a poursuivi Étienne. C’est finalement Jean- Christophe qui a trouvé la note juste, dans l’esprit : «Le top, ce serait de partir « tourer » dans un bus tous ensemble. Une fois on était parti 6 jours en Pologne à Olsztyn. On était les Beatles!» Les Fab Four, eux, ne se sont jamais reformés…

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