David Pujos, le choix du Berry

par Nicolas Tavarès

Depuis l’été dernier, le musée Bertrand est dirigé par un jeune directeur originaire de Paris

Dépoussiérer l’institution, c’est un peu pour cela que David Pujos a été nommé directeur du musée Bertrand en juillet dernier. Mais avec sa nomination, c’est aussi l’idée que l’on se fait de la direction d’un musée provincial qui a pris un coup de jeune. À 27 ans seulement, M. le directeur détonne et démontre, comme l’écrivait Corneille, qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Anneaux argentés aux oreilles et élégance naturelle lorsqu’il se déplace dans «ce lieu labyrinthique» qu’est le musée Bertrand, David Pujos reçoit dans son bureau sous les toits.

Les élections municipales toutes proches ne sont pas propices aux lancements de projets. Alors avec ses équipes qu’il ne cessera de louer tout au long de l’entretien, David Pujos en est encore à dresser un diagnostic du patient Bertrand. Maître des lieux dans cet hôtel particulier où il a vite pris ses marques, ce Parisien d’origine doit incarner la dynamique que la ville de Châteauroux veut pour son musée, en quête d’une certaine stabilité, lui qui a vu passer trois directions successives depuis 2020.

S’il fallait un candidat tout juste sorti de l’école pour y parvenir, et bien soit, la municipalité choisirait un novice. À fort potentiel toutefois. École du Louvre après le bac où il s’est notamment intéressé à l’histoire de l’art et à la muséologie ; diplômé de l’Institut National du Patrimoine (INP), concours de conservateur du patrimoine en poche, promotion Champollion ; Institut National des Études Territoriales à Strasbourg ; spécialisé dans l’art japonais. David Pujos n’a pas trainé en chemin.

Promotion Champollion

«Je ne sais pas si j’ai brûlé les étapes, j’ai quand même fait neuf ans d’études avec beaucoup de stages un peu partout. J’étais un élève sérieux, mais j’ai eu beaucoup de chance : dès le lycée, je savais ce que je voulais faire. Aujourd’hui, je me rends compte que je ne me suis pas trompé. À l’INP, on prépare vraiment à des postes de direction, des postes à responsabilités tant en termes de management qu’en gestion d’établissement. J’ai eu une formation très large ; ce poste ne me faisait pas peur.» Le profil a séduit du côté de l’Hôtel de Ville.

À moins que ce ne soit sa manière d’appréhender l’annonce. «Le musée et la ville ont suffi à me faire venir, avoue-t-il. J’étais encore dans ma formation quand l’annonce du poste est sortie. C’est moi qui ai choisi Châteauroux. J’avais envie d’une direction, dans un musée qui soit généraliste, avec une collection importante. En décembre 2024 ou janvier 2025, je suis venu en simple visiteur. Et ce qui m’a plu c’est de découvrir un musée qui était dans un monument historique, un lieu pas du tout fait pour recevoir un musée, mais avec une âme et un charme différent d’un musée moderne.»

En juillet dernier, David Pujos entrait en fonction avec pour mission «d’imaginer un projet, ce que nous sommes en train de faire avec l’équipe (17 personnes, ndlr). Il est en cours, lâche-t-il sans en dire plus. Mais je veux d’abord mieux connaître la collection qui est immense. J’avais été surpris par sa qualité, mais maintenant que je suis en poste, je le suis encore plus. La collection, c’est plus de 15000 oeuvres !»

Expliquer le musée

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Kimono de théâtre No époque Edo (1603 1868/ photo Image Art)

Depuis sa prise de fonction, le directeur a mis en évidence les points faibles du musée : une muséographie vieillissante, un manque de médiation, une identité à redéfinir. «Le musée est-il une demeure historique? Vient-on visiter la maison du général Bertrand? Est-ce un musée napoléonien? Un musée des beaux-arts. À mon avis, plutôt, oui. La difficulté, c’est d’articuler tout cela pour expliquer ce qu’est le musée Bertrand»

Il a également noté les atouts dont disposait la structure et «à quel point Châteauroux et l’Indre ont connu une dynamique artistique et culturelle très importante entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Les peintres de la Creuse s’inscrivent dans cette histoire-là et ont enrichi la collection du musée. Elle est tellement riche qu’il n’est pas nécessaire de tout miser sur les expositions temporaires, même si c’est évidemment important, mais de faire tourner la collection dans le parcours permanent. À mon avis, celui-ci doit être au contraire le moins permanent possible!» Au début de l’hiver, plusieurs salles du musée Bertrand ont été rénovées, premières touches visibles portant la signature de David Pujos.

Dans le même temps, pour mieux connaître son nouveau cadre de vie, le directeur du musée de Châteauroux a également commencé «à rencontrer mes collègues des autres musées de l’Indre.» Il a découvert La Châtre, Valençay, Gargilesse, ce «tourisme culturel» pour lequel il avoue une appétence. Et à la différence de certains de ses prédécesseurs, David Pujos semble vouloir durer dans l’Indre : «Lorsqu’on est directeur de musée, la notion de temps disparait. Notre objectif et notre mission de service public, c’est d’assurer la conservation des oeuvres pour l’éternité en principe parce qu’elles appartiennent à tous. Elles sont inaliénables. Donc, en fait, on est obligé de penser sur un temps très long.» Quand on a 27 ans, la carrière qui s’ouvre à vous est encore longue. Très longue.

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