La course contre le temps

par Nicolas Tavares

Laetitia Bonnehorgue, bientôt 50 ans, a la motivation d’une cadette avant les France masters.

À la fin du mois, le stade de la Margotière va connaître le grand frisson national. Cette fois, ce sont les masters (ex vétérans) qui viennent en découdre à Châteauroux pour les championnats de France des épreuves combinées (décathlon, heptathlon, pentalancers) et demi-fond long. La délégation indrienne disposera de plusieurs chances de médailles, à commencer par celle du président du comité, Jean-Baptiste Bréjaud sur pentalancer.

En d’autres temps, Laetitia Bonnehorgue, aurait aussi assumé un rôle de favorite sur le 5000m, notamment; sauf que celle qui vit sa deuxième vie d’athlète a fait les comptes: «C’est ma distance, mais voilà,  je suis dans ma dernière année de master 2 (45-49 ans) et les “petites jeunes” qui ont 45 ans ont déjà pris le podium. Bon, on se battra quand même, au moins pour essayer de faire un bon chrono. Mais il faudra voir si les tendons et les muscles tiennent parce que cette saison, j’ai couru. Beaucoup couru!» Et quand Laetitia court, les médailles tombent. C’était déjà le cas lorsqu’elle portait son nom de jeune fille, Saurin. Ça l’est toujours aujourd’hui sous le patronyme de Bonnehorgue. Mais cette fois, elle se frotte à des athlètes sur le retour ou révélées sur le tard.

Repérée par Georges Birer

Entre les deux époques, une coupure de près de 20 ans, une longue parenthèse qui lui a permis de bâtir une famille avec Emmanuel, rencontré au collège, puis Nolan et Aidan, 16 et 14 ans, qui sont venus faire leur place. Professionnellement, après des études de Droit, Laetitia a finalement opté pour une collaboration rapprochée avec son époux au sein du cabinet d’assurances qu’il tient à Reuilly. C’est donc dans les années 90 que la première vie athlétique de Laetitia Saurin a débuté. Originaire du quartier de Vaugirard à Châteauroux, elle est repérée par Georges Birer, professeur de sport au lycée Jean- Giraudoux, qui connaissait la recette pour dénicher les pépites: faire le tour des écoles et collèges pour trouver ceux qui avaient des prédispositions.

Il amènera ainsi Laetitia sur la piste sous le maillot du CAC et l’accompagnera jusqu’à ce qu’elle s’envole pour un club mieux armé (l’ASFAS à Fleury-les-Aubrais) à l’heure de rejoindre la fac à Orléans. À l’ASFAS Fleury-les-Aubrais, la Castelroussine éclate au grand jour lors de cette incroyable année 1999 où, espoir, elle s’offre les titres de championne de France de cross-country, du 10km (35’33) et du 5000m (16’45). Les perfs lui valent des sélections en équipe de France espoir (3000m) et même senior (5000m). Malgré une marge de progression, elle donne la priorité à ses études puis va sortir des radars athlétiques pour ne réapparaître qu’en 2023. Le déclic ? Il faut croire que la piste est comme un virus dont on ne se débarrasse pas.

La culture du chrono

«En tout cas, lorsque j’ai fait le choix de reprendre, c’était avec de grandes ambitions; certainement pas pour faire des perfs régionales!» Laetitia Bonnehorgue remet alors la machine en route avec un moteur en parfait état de marche. «Je n’avais jamais été sujette aux blessures. Quand j’étais espoir, j’étais à 49kg, aujourd’hui je suis à 54kg. J’avais toujours cette culture du chrono de l’époque d’avant.» Dès 2024, désormais licenciée à la Berrichonne, la voilà de retour sur les tablettes fédérales: championne de France master sur 3000m. Elle remet le couvert en 2025 sur la même distance et ajoute le titre sur 10000m.

Dans la foulée, Laetitia monte sur le toit de l’Europe à Madère (Portugal), toujours sur le 10000m. La collection de médailles s’agrandit avec des podiums nationaux sur 1500 et 3000 m. La Castelroussine s’offre également le bronze sur le 10km des championnats d’Europe à Catane (Italie) et participe au succès de l’équipe de France sur cette même distance. Du 800m au semi-marathon, elle conserve précieusement ses records personnels. Chez les masters, elle détient d’ailleurs les records régionaux masters du 10000m (40’04), 3000 m (11’03 en salle), et 1500m (5’17 en salle).

Malgré tout cela, Laetitia Bonnehorgue n’imagine toujours pas monter sur la boîte à Châteauroux, préférant se tourner vers la fin de l’été et deux objectifs qui la tentent: «Je voudrais battre plein de chronos avant mes 50 ans, en février prochain. J’ai envie d’aller au mondial à Daegu (Corée du Sud, 22 août au 3 septembre) pour le 10000m. Je réfléchis aussi au mondial de marathon à Zagreb (11 octobre). Dans cette catégorie des 45-49 ans, mon corps a tenu. S’il n’y a pas de podium à Châteauroux, pas grave, ce sera pour l’année prochaine en master 3. Et si je peux toujours courir quand j’aurais 70-80 ans, ça sera très bien!» Ses adversaires sont maintenant prévenues.

Championnats de France master
d’épreuves combinées et demi-fond
27 et 28 juin à Châteauroux

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