Jules, l’Aygulfin qu’on like

Comment faire le buzz
avec le parler berrichon en quatre leçons

par Nicolas Tavarès

Ses vidéos sur les réseaux sociaux de Berry Province ont fait de Jules Michaud l’ambassadeur passionné de la berrichonne attitude.

Ce n’est pas de l’aversion, plutôt un désintérêt total pour la chose. Les réseaux sociaux, Jules Michaud «n’en fait pas (mon) affaire. Les coeurs en plastique, ce n’est pas pour moi. J’ai un compte Facebook, mais il ne me sert que pour les contacts avec les médecins.» Médecin généraliste, Jules Michaud le sera bientôt (lire ci-dessous). Mais en mars 2021, donc, Berry Province, qui avait jusque-là publié des articles sur les mots berrichons, souhaite toucher un nouveau public, plus jeune et pas forcément sensible aux contes de Jean-Louis Boncoeur. Ce sera une vidéo destinée à Facebook et Instagram. Ça s’appellera « T’es ti prêt pour la leçon », autrement dit, quatre épisodes sur le parler berrichon. Reste à trouver celui qui donnera la leçon. Co-président du marché à la volaille de Saint-Août, président du Club français de la poule noire du Berry et théâtreux à ses heures perdues avec les Sonneurs de la Vallée Noire, Jules Michaud, 25 ans en mai prochain, est plus que légitime. Le Berry, il le vit, le transpire. Sa famille y est enracinée depuis plusieurs générations. Le territoire et la langue locale, il ne les maîtrise pas, il en est imprégné.

Vu à 524000 reprises

Écoutez-le parler de ce fameux parler berrichon «qui n’est surtout pas un patois. C’est une philosophie, une langue orale qui respire. Et ça n’a rien de désuet.» Évoquer le Berry avec Jules Michaud, c’est mettre un euro dans la machine. Derrière, le fil se déroule tout seul. D’ailleurs, pour le tournage des leçons, la réalisation avait prévu plusieurs séances. «En 2 heures de temps, tout était fait !» À l’automne, Berry Province met en ligne les quatre épisodes. En moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer les mots agat d’iau ou tazonner, Jules Michaud devient viral, vu à plus de 524 000 reprises. Il s’en amuse, un peu gêné par la tournure des événements. «Je n’ai eu que des retours positifs. Le souci, c’est que les gens ont pris contact…» Virtuellement, ça ne le met pas très à l’aise, «mais si ça peut faire parler du Berry, tant mieux.»

Transmettre au plus grand nombre et vanter les bienfaits de ce beau coin de France est en effet devenu un sacerdoce. Un plaisir, aussi, qu’il sait partager avec son auditoire lorsqu’il anime chaque été une balade à Lys-Saint-Georges ou quand les quatre marchés animés de Saint-Août reviennent dans l’actualité. Jules Michaud les cite avec des étoiles dans les yeux. Pour rien au monde il ne les manquerait, lui qui loupe déjà les rendez-vous hebdomadaires : «Le marché à la petite volaille, en avril ; celui des estivants en août ; le marché de Noël avec les volailles de fête ou celui du Père Janvier qui amène du boudin blanc et une orange aux enfants…»

Dans les pas du père

Si le Berry coule dans ses veines. Il le doit à son père, Jean-Pierre, disparu il y a une dizaine d’années. «J’ai toujours été dans ses pantalons» avance-t-il comme première explication. Jean- Pierre Michaud, créateur du marché à la volaille de Saint-Août écrivait beaucoup, empruntait les pas de Boncoeur et emmenait le rejeton un peu partout, souvent en compagnie de Gérard Guillaume, un autre ardent défenseur de la berrichonne attitude.

Jules s’amuse des clichés qui collent à la peau des autochtones : «Des étudiants de la fac de lettres de Limoges m’avaient interviewé et demandé si la langue berrichonne allait mourir. Bien sûr que non ! On a cette image du gars de la terre qui roule les r. Mais en fait le Berrichon ne veut pas faire voir qu’il est instruit. C’est un anti conformiste.» L’Aygulfin ne tire pas gloire de son rôle d’ambassadeur du Berry, mais cela lui fait «honneur pour défendre les racines et crier haut et fort qu’on est Berrichon.» L’exode rural, très peu pour Jules qui se morfond lorsque ses études le retiennent plus de 15 jours loin de Saint-Août.

«Je suis un vrai terrien. La terre d’ici m’a toujours collé aux bottes. À la fac, il arrive qu’on me dise que je suis en décallage avec mon temps. » Dans quelques mois, Jules deviendra le docteur Michaud. Dans son propos coule déjà une certaine fierté. Mais n’en faites surtout pas un futur notable de la commune. Ah non, malheureux ! : « Notable ? Moi je porterai toujours mon bleu et mes deux bottes…» Ses bottes, son bleu, son Berry et ses champs, voilà les bonheurs simples de Jules Michaud. Et sur cet entrefait, il entonne une chanson où il est question d’un p’tit gars des faubourgs de Saint- Août. À la fin, elle dit: «J’suis resté un vrai gosse d’cheu nous !» Ça mériterait presque un like.

Docteur Michaud

Si tous les étudiants en médecine étaient comme Jules Michaud, on n’entendrait pas parler de désert médical dans l’Indre. Lorsqu’il achèvera son internat, le tout jeune Docteur Michaud rentrera en effet au pays pour s’installer en tant que généraliste, le troisième en poste à Saint-Août. «Je me fais peut-être une image idéalisée du médecin de campagne, mais c’est ce que je veux être. Et ça ne peut être qu’à Saint-Août. Mon clocher, c’est vital. Si mes études à la fac de Limoges me retiennent leweek-end, j’en suis malade de ne pas revenir.» 

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