Moi Marie Dupont, née en 1928

Vision d’une région Centre d’un autre temps par celle qui n’existe pas.

par Nicolas Tavarès

Le pôle Patrimoine de Ciclic Centre-Val de Loire a confié à Marie Dupont le soin de chroniquer son quotidien de la deuxième moitié du XXsiècle par le prisme de films amateurs.

Je m’appelle Marie Dupont. Je suis blonde. Ou brune. Peut-être rousse. On dit que j’ai les yeux verts de ma mère. Je suis née en 1928 à Chartres. À 9 ans, j’ai déménagé à Vierzon. Plus tard, à Châteauroux, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, Franck. Il est américain, médecin militaire. Je suis infirmière. Nous nous sommes installés à Issoudun en 1954. Nous avons deux garçons. J’ai également des frères, des sœurs, des grands-parents et des amis, beaucoup d’amis. Je m’appelle Marie Dupont et je suis une femme de mon temps. Je vous écris depuis l’année 1960 en déroulant mon quotidien sur un réseau social par le biais de morceaux choisis et filmés. Trois à quatre minutes de souvenirs pelliculés, le plus souvent en noir et blanc. Extraits joyeux et mélancoliques d’une vie idéale en super 8 ou 16 millimètres. Mon album photo est fait d’images qui sont autant de parenthèses d’une époque révolue où les enfants jouaient sur les bottes de paille tandis que mes oncles, en bras de chemise, faisaient les foins au milieu de la Beauce. Bouts de bobines de Noël, de mariage ou de vacances. Je vous ouvre mon journal de films amateurs qui ont longtemps trainé dans un coin du grenier jusqu’à ce que quelqu’un les trouve et les confie à Ciclic, l’agence régionale du Centre-Val de Loire pour le livre, l’image et la culture numérique.

Tous les visages de Marie Dupont…

Vous ne le lirez pas dans l’à propos de mon profil Facebook, mais techniquement, les films restent propriété des ayants droit. Par convention, Ciclic devient propriétaire des supports numériques constitués. À charge pour l’agence de prévenir les donateurs de la future destination des images. Aujourd’hui, 12 000 films sont accessibles sur le site du pôle Patrimoine (ici). Ciclic les met à disposition des associations, parfois des cinéastes comme pour la série « Apocalypse ». C’est que mon histoire est jalonnée par la Libération, les événements qui ont bouleversé le monde agricole, marqueurs de la vie en Région Centre depuis ma  naissance et que Ciclic a décidé d’offrir au grand public sous la forme d’une web série. Douze mois dans l’année 2019 et autant de bobines mises en ligne.

Musique et montage

Marie Dupont en famille

Récemment, une «amie» a découvert des images oubliées d’une vieille tante. Elle s’en est émue dans un commentaire. Il arrive que mon ressenti de femme de la deuxième moitié du XXe siècle suscite des réactions. Vu du XXIe siècle, ce qui me semblait anodin peut aujourd’hui vous paraître incongru. Je m’appelle Marie Dupont, je suis la narratrice d’un passé mis en musique par Amin Goudarzi et monté par Benjamin Theurier. Si cette tranche de vie sans paroles vous pousse à réagir, à vous demander qui je suis vraiment en message privé, alors je vous l’explique volontiers. Je ne suis pas une voleuse d’images, plutôt une «valorisatrice» au parti pris évident : conserver l’identité documentaire du quotidien en Centre- Val de Loire. Bientôt, on le déclinera sur grand écran en court métrage, à la télévision et même en spectacle vivant. Je m’appelle Marie Dupont, j’ai 4 276 amis et j’ai 30 ans. Pour l’éternité.

Facebook : Marie Dupont

« C’était un fantôme, un simple profil… »
Caroline Rousseau-Coste, auteure

Marie Dupont n’a jamais existé, si ce n’est dans les arcanes d’internet, plus précisément dans les coulisses de Facebook. Les géniteurs de l’héroïne virtuelle existent pourtant. Il s’agit de Rémi Pailhou, responsable du pôle Patrimoine de Ciclic-Centre Val de Loire à Issoudun, et Caroline Rousseau-Coste, en charge de la valorisation web des images amateurs pour l’agence. «À la base, Marie Dupont était le nom du profil créé sur Facebook pour gérer la Fan Page. C’était un fantôme» dévoile Caroline. «Nous nous sommes ensuite inspirés de la Fan Page Léon Vivien créée pour les commémorations de 14-18, relance Rémi. L’objectif, c’était de trouver un nouveau public. On a donné des parents à Marie Dupont. C’est alors devenu un projet artistique dans lequel Marie nous décrit sa vie privée en lien avec la région Centre depuis 1930.»

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