Simon, soigneur pour bêtes

À 26 ans, le Castelroussin s’occupe des herbivores à la Haute-Touche

par Nicolas Tavarès

Au collège, déjà, Simon Bernard rêvait d’embrasser une carrière de soigneur animalier. Objectif atteint pour le Castelroussin membre de l’équipe de la réserve de la Haute-Touche.

À notre première rencontre, Simon Bernard n’avait pas 14 ans. Au-delà de sa discrétion naturelle, c’est sa passion dévorante pour les animaux qui étonnait le plus chez lui. Le sujet prenait régulièrement toute la place dans les conversations. Son plan de carrière était tracé : «Au collège, je parlais de devenir soigneur. Enfant, le zoo modèle c’était Beauval, mais c’est à la réserve de la Haute-Touche que je voulais travailler plus tard.» Douze ans plus tard, désormais âgé de 26 ans, bac pro de gestion des milieux naturels et de la faune et diplôme de l’école des soigneurs animaliers de Vendôme en poche, Simon Bernard a tenu parole. Depuis 2018, il figure au rang des soigneurs titulaires du Muséum d’Histoire naturelle dont dépendent le zoo de Vincennes et la réserve zoologique de La Haute-Touche.

En avril 2016, le Castelroussin avait d’ailleurs été pris comme saisonnier au zoo de Vincennes. «J’y ai travaillé 8 mois avant d’être engagé en CDD. On ne choisissait pas ses secteurs d’intervention. À Vincennes, on m’a dit: « Tu vas sur le secteur Afrique ». Un coup de chance, c’est ce qui m’intéressait !» Jusqu’en 2021, Simon sera donc l’un des soigneurs attitrés des girafes, rhinocéros, lions, babouins, zèbres ou antilopes du célèbre zoo parisien. Professionnellement, le Castelroussin voit plus loin : «J’avais en tête de réussir le concours de la fonction publique pour être titularisé.» Contrat rempli en 2018. À l’automne 2021, l’opportunité de rejoindre la Haute-Touche se présente. Un soigneur y prend sa retraite, Simon demande sa mutation. Accordée. Voilà le Castelroussin de retour dans son Berry natal et de se souvenir: «Mon tout premier stage, c’était à la Haute-Touche en 2014!»

La Haute-Touche scinde son parc en quatre secteurs. Le n°1 concerne les carnivores et primates ; le n°2, les herbivores ; le n°3 regroupe les cervidés, ceux que l’on découvre sous la forme d’un safari dès l’entrée de la réserve ; le n°4, la cuisine, est l’endroit où sont préparées les rations de tous les animaux du parc. Le prédécesseur de Simon avait la charge du secteur n°2, va donc pour les herbivores. S’il a mis tant d’ardeur à rejoindre la plus grande réserve animalière de France en terme de surface, c’est aussi parce que la Haute-Touche participe au programme de réintroduction des espèces. «J’ai l’impression de plus aider en travaillant là. Les parcs du Muséum sont pensés dans un souci de protection des espèces et de leur réintroduction en milieu sauvage. À la Haute-Touche, c’est le cas pour la cistude (la petite tortue brennouse) ou l’outarde canepetière.»

Élan, takin, gaur : attention danger

Au quotidien, Simon gère 300 animaux. Le matin, après le briefing du chef soigneur et des vétérinaires, c’est nourrissage. Le nettoyage des enclos va occuper l’après-midi. Parmi ses protégés, Simon Bernard compte l’une des vedettes du parc arrivée au coeur de l’été : un jeune élan au caractère bien trempé. Avec les takins et les gaurs, il constitue un groupe dont il faut se méfier. Face à leur poids et leur puissance, Simon ne pèserait pas lourd en cas de charge. «Un coup de patte de l’élan et ça peut être fini. En période de rut, notre jeune mâle takin n’a qu’une chose en tête : nous charger! Le reste du temps, il est agréable.» Les autres pensionnaires sont beaucoup plus placides. Des cygnes chanteurs, des cervidés, des antilopes, des wallabies ou des coatis qu’il nourrit à la main.

Ses missions le conduisent également au contact du grand public. La Haute-Touche attire chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs. «Nous leur proposons sept animations par jour, raconte Simon. Il est également possible de participer à une activité dans laquelle la personne passe une matinée dans le rôle du soigneur (150€ sur réservation). C’est l’occasion pour des jeunes d’en savoir plus sur ce métier et de voir que soigneur, ce n’est pas seulement nourrir les animaux. Il y a des choses beaucoup moins drôles.» Le jour de la visite de Carré Barré dans la réserve, Simon Bernard avait placé sous son aile Eugénie, une jeune stagiaire fraichement diplômée : «Quand j’avais son âge, j’étais content d’avoir quelqu’un qui m’expliquait le métier. La transmission c’est important.»

Un peu après, il retrouvait l’une des vétérinaires du parc pour régler un souci avec des cerfs sambar. «Vétérinaire n’est pas un métier qui m’intéressait: trop d’études! Et puis tu ne vois les animaux que lorsqu’ils sont blessés ou malades. Un soigneur est bien vu par les bêtes: il leur amène à manger» détaille-t-il dans un éclat de rire. Le jeune soigneur vit à l’année sur le parc. La direction lui a attribué un appartement de fonction qu’il partage avec Charline, sa petite amie elle-même soigneuse des fauves et primates. Ils se sont rencontrés au zoo de Vincennes. Elle l’a rejoint au printemps. Pour Simon, la Haute-Touche c’est décidément une certaine idée du bonheur.

Facebook : Réserve zoologique de la Haute-Touche
Instagram : reservehautetouche

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