Tout est dans les bras

Anne Claveau se joue des éléments pour tenter d’atteindre les sommets du handbike.

par Nicolas Tavarès

À chacun sa bonne étoile. Et tant pis si elle ne brille pas de la même manière pour tout le monde. Anne Claveau est ce que l’on appelle une battante. Derrière un regard qui pétille se cachent une détermination sans faille et un mental à toute épreuve. Il lui faut bien ça pour affronter les aléas d’une vie où rien ne lui a été épargné. De sa prime enfance, elle garde ce statut de pupille de l’État évoqué à demi-mot au hasard de la conversation. Foyers, famille d’accueil ; c’est derrière elle, passons à autre chose. À 10 ans, comme si ce n’était déjà pas assez, on lui diagnostique une épiphysiolyse de la hanche, «une maladie rare, un problème de croissance.»

Le mental a pris le relais.

Opérations, rééducation. La Blancoise, 30 ans aujourd’hui, a appris à vivre avec son handicap et les douleurs qui l’accompagnent. Dos, hanches, fémurs, «je peux marcher, mais même avec ma béquille, c’est compliqué. Il faut gérer cette douleur. Quelque part, ça m’a endurcie pour la pratique du handbike. Le mental a pris le relais.» Le handbike, Anne Claveau s’y est mise sur le tard. Avant cela, il y a d’abord eu le VTT et la section cycliste du lycée Pasteur du Blanc dont elle fut pensionnaire. Elle deviendra éducatrice sportive. En 2018, le sort s’acharne. Victime d’une chute sur son lieu de travail, Anne repasse par la case rééducation et l’obligation de revoir ses plans professionnels : «Depuis 2019, je suis chargée de développement des actions associatives pour l’APF France handicap.» Le besoin de challenge sportif étant vital, elle tâte du badminton en fauteuil, «mais le grand air me manquait.» Sa rencontre avec un champion du monde de handbike va lui offrir de nouvelles perspectives.

«Il m’a invité sur une manche de Coupe de France à Longchamp. C’était parti !» Anne a dû s’adapter à une discipline où il faut en avoir dans les bras. Le handbike se pratique en position couchée, les jambes immobilisées. Le pédalage est confié aux membres supérieurs. «Je n’avais pas beaucoup de force dans les bras, il a fallu travailler ça.» En 2020, la répétition des efforts lui vaut une tendinite. «Il a pourtant fallu que j’apprenne à vouloir en faire plus.» Dans son vocabulaire, cela signifie surpasser la douleur, encore et toujours. «Pour moi, la position allongée du handbike s’avère compliquée. À la longue, j’ai des fourmillements dans les jambes.» Course en ligne (45 km en moyenne) ou contre-la-montre n’épargnent pas l’organisme. Mais une première récompense est au bout du chemin : en 2022, Anne Claveau décroche le titre de championne de France dans les deux spécialités. À deux ans des Jeux Paralympiques à Paris, ces résultats réveillent d’évidentes ambitions : «Les Jeux, c’est un rêve. Mais mon objectif en 2024, ce sera d’abord de participer aux manches de Coupe du Monde afin de marquer des points.» Et de progresser dans la hiérarchie mondiale pour s’approcher des minima. La tâche est ardue.

Parler du handbike.

Cette année, Anne s’est contentée de deux 12e places à Maniago (Italie) et Ostende (Belgique). L’objectif qu’elle s’est fixé est d’autant plus difficile à atteindre pour la licenciée de l’UC Châteauroux, qu’elle est le plus souvent livrée à elle-même dans les compétitions. Le groupe France lui est encore inaccessible. Courant août, elle a regardé de loin les Super championnats du monde de cyclisme à Glasgow (Écosse). En lieu et place de la panse de brebis, Anne Claveau a donc opté pour un menu galette-saucisse. Comprenez qu’à la vallée de la Clyde, la Blancoise a préféré le Morbihan où l’attendaient deux rendez-vous majeurs du calendrier fin août et mi-septembre. La compétition l’oblige à s’accrocher. Mais en coulisse se joue une autre partie, tout aussi importante aux yeux d’Anne Claveau : la quête de soutiens financiers pour l’accompagner dans sa progression et son projet.

Elle le confesse : «Je ne sais absolument pas me vendre. On m’a aidé sur la façon de me présenter, mais je ne suis pas à l’aise dans cet exercice.» D’un naturel pourtant avenant, elle s’emploie donc à faire connaître le handbike au travers d’opérations de sensibilisation dans les écoles ou les entreprises. Elle se démène également pour plaider sa cause dans les clubs d’entreprises. À force, les gens sont de plus en plus sensibles à son message. Le Motocoeur 36 l’a accompagnée pour faciliter sa mobilité. Le Rotary de Châteauroux lui finance un home-trainer. Élancia, une salle de sport de l’agglomération castelroussine, lui ouvre ses portes et des créneaux d’entraînement. Pour participer à la Coupe du monde en Italie, en mai, l’APF France Handicap lui a également prêté un véhicule avec assistance au volant pour partir en autonomie totale. Sur place, un mécano de l’équipe de France lui a apporté un coup de main. De petits détails qui lui donnent du baume au coeur et lui font oublier «que je dois aussi gérer l’évolution de la maladie».

«Faire d’un rêve une réalité». Anne Claveau a fait sienne cette devise librement adaptée d’une citation d’Antoine de Saint-Exupéry. Parce qu’elle en est persuadée : sa bonne étoile l’accompagne. Simplement elle choisit quand briller.

Handbike Loisirs 36
vttanne@hotmail.fr
FB : Faire d’un rêve une réalité

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