Lancelot dompte le géant

À la rencontre du jeune propriétaire du château du Bouchet

par Nicolas Tavarès

Chez les Durand, on a l’amour des vieilles pierres. La famille achète et restaure des châteaux. Redonner son lustre d’antan à celui du Bouchet, à Rosnay, est devenu le sacerdoce de Lancelot.

Jeans troués, baskets et fausse nonchalance. L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais ici il fait le châtelain du Bouchet. Lancelot Durand préfère que l’on dise propriétaire. Quoi qu’il en soit, en ce jour de mai, Lancelot, 28 ans, s’affaire à nettoyer l’allée qui serpente jusqu’au porche d’entrée. Dans deux jours, c’est l’ouverture de la saison et l’endroit se doit d’être impeccable. Alors tout le monde s’y met. À l’intérieur, Philippine, son épouse, brique la vieille pierre. Près du grand portail d’entrée, Damien Lecomte, l’intendant, apporte la touche finale à une structure d’accueil. Dans le paysage, le château du Bouchet ne passe pas inaperçu. Il est là, posé sur un promontoire bien plus haut que les habituels buttons de la Brenne. Le site est imposant (2 000 m2 pour le château, 13 hectares pour le parc, ndlr), d’ailleurs, on le surnomme le géant. Il a traversé les siècles.

D’abord une partie ronde époque médiévale datant du XIIIe au XVe siècle qui en faisait un château de guerre. L’arrière vous projette dans le XVIIe quand le Bouchet devint lieu de plaisance. Entre les âges, une même lignée, celle des Rochechouart de Mortemart, «une des plus vieilles familles de France qui a trouvé là un moyen de montrer sa fierté et cette ancienneté. C’est en tout cas mon interprétation» raconte Lancelot avant de vous entraîner dans une visite de « la cave au grenier ». Un tour du château pour commencer et un aperçu des douves où veille un troupeau de chèvres à moitié sauvages. Puis la cour intérieure qui a donné quelques tracas à Lancelot lorsqu’il a entamé les travaux. Focus sur le porche restauré au XIXe siècle. Traversée des pièces (une quinzaine) ouvertes à la visite et la surprise du chef en arrivant sur la terrasse : vue imprenable sur l’étang de la Mer rouge. Elle est encore plus magnifiée lorsqu’on escalade le donjon. Dévoiler plus en avant les secrets du château nuirait à votre prochaine visite…

C’est donc là que la famille Durand a investi voilà trois ans. La suite logique à une vieille passion pour les monuments. L’achat de châteaux, Jean-Louis (le père), Gaétane (la mère) et leurs quatre enfants, en ont fait une entreprise familiale. Quasiment toute la fratrie est dans le business et mène les « projets » à bien. Projet, mot-clé dans le vocabulaire des Durand. «Le Bouchet, c’est notre quatrième. Pour moi, ça a été un 100 % coup de coeur. L’étape la plus difficile a été de convaincre mes parents de l’acheter.» C’est que la famille se concentrait en même temps sur le Prieuré de Vivoin ou le château de la Groirie, deux monuments sarthois, la terre d’origine des Durand.

De l’événement médiéval

«Vivoin, nous en sommes au tout début. Le Bouchet est plus difficile à lancer. Extérieurement, il est en bon état. Mais à l’intérieur, cela a mal vieilli.» En trois ans, Lancelot Durand a pourtant remis en état la quinzaine de pièces évoquée plus haut. «Mais il y a encore tout à créer en termes d’images, de communication ou de travaux.» Celui qui se destinait à une carrière de commissaire-priseur au moment de l’acquisition du Bouchet a une idée bien précise de ce qu’il souhaite faire du lieu.

En termes de travaux, il s’attache à suivre le planning établi en concertation avec les architectes des Monuments historiques tout en jonglant avec les conservateurs des Bâtiments de France. À cela s’ajoute l’appel aux artisans locaux. Dans deux ans, Lancelot envisage d’attaquer la restauration de la grande terrasse qui s’inscrit pleinement dans le développement du Bouchet. «C’est un véritable projet économique. On croise trop de propriétaires qui passent leur temps à organiser des mariages. Ici, il y aura un peu d’événementiel pour apporter des fonds, mais on veut surtout faire du culturel. De l’événement médiéval avec une scénographie et une mise en lumière du patrimoine.»

Cet été, deux marchés de producteurs de Pays se tiendront dans le « jardin » et les visites vont se décliner avec ou sans guide. «Des pièces vont s’ouvrir, d’autres vont se fermer. Nous allons montrer un chantier vivant, dévoile Lancelot. À terme, nous voulons proposer un observatoire sur les étangs, ouvrir également les chemins de ronde et les souterrains du château.» Dans l’idéal, le propriétaire imagine que la restauration s’achèvera dans une dizaine d’années. «Je n’ai pas de stress sur ce projet» lâche-t-il dans un grand sourire. L’histoire des Rochechouart de Mortemart va pouvoir continuer à traverser les époques.

Château du Bouchet à Rosnay
Visites (guidées) de 9 h à 12 h (libres) de 14 h à 18 h
Site : www.chateau-bouchet.com

A quatre tous gagnants

Damien Lecomte, intendant du château le raconte : «Par beau temps et au soleil couchant, on aperçoit le château du Bouchet depuis l’entrée du parc de la Haute-Touche Ce n’est pourtant pas ce détail qui a incité Lancelot Durand à se tourner vers le parc animalier mais également le château d’Azay-le-Ferron et la Maison du Parc (photo) pour aboutir à un partenariat touristique entre les quatre sites du Coeur de Brenne. «Cela n’existait pas, il fallait créer une émulation et travailler ensemble. C’est une évidence, les visiteurs ont besoin d’être aiguillés, mais ils ne viendront jamais pour un seul site. Nous avons donc travaillé sur des horaires communs, sur la communication par les réseaux sociaux, sur des tarifs préférentiels aussi.» Une synergie s’est ainsi mise en place pour le bénéfice de tous.

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