Burette, un hôte de Darc

En août, Darc au Pays retourne à Lye où son maire, Francis Jourdain, sait recevoir

Par Nicolas Tavarès


Burette. Nom féminin (ancien français Buire). Petit flacon à goulot rétréci et bec verseur, qui contient l’huile ou le vinaigre, l’eau ou le vin de la messe. La définition du dictionnaire Larousse ne mentionne pas qu’à Lye, au nord du département, c’est également un surnom répandu. En tout cas dans la famille Jourdain. Pour le protocole, depuis son élection à la tête de la commune en 2020, Francis Jourdain reçoit du Monsieur le maire. Mais dans les alentours, c’est à Burette, sobriquet hérité de Pierre, son père, que l’on s’adresse. «Gamin, mon père était un peu garnement. On l’a appelé comme ça parce qu’il avait bu le vin de messe contenu dans la burette du curé. Ça m’est resté.» L’histoire contée par Francis ne dit pas s’il a emprunté les pas du père quand lui-même fut enfant de choeur.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que le viticulteur en préretraite (63 ans), est un épicurien et que son tempérament facétieux s’accorde parfaitement avec l’esprit de Darc au Pays. Le 18 août, pour la troisième fois depuis 2004, Lye recevra la déclinaison rurale du festival portée par le Département de l’Indre. La dernière fois que le stade champêtre de Lye a servi de décor à Darc au Pays, c’était en 2022 (photo ci-dessous, en compagnie de Marc Fleuret, président du Département), autant dire hier. Cette proximité calendaire s’explique en partie par son amitié avec Éric Bellet. Un peu aussi parce qu’il y a deux ans, Lye a sans doute établit un record d’affluence pour recevoir Que tengo et le Rogers brass band. Mais nous y reviendrons. Pour l’heure il est question d’une amitié belle et sincère née entre une bouteille de Reuilly et une autre de Valençay. C’était il y a une vingtaine d’années ; Darc et Denis Roumet, alors animateur du syndicat des vins de Valençay, venaient de jeter les bases d’un partenariat.

À l’époque, Francis Jourdain était le président dudit syndicat. «Les vins ont d’abord été proposés en dégustation lors de la soirée inaugurale du festival, remet le premier des Ligiens. Puis au fil du temps, on a fini par faire une cuvée Darc. Je ne sais plus qui en a eu l’idée, mais cela nous a permis de montrer que les vins de Valençay existaient. On contribuait à démystifier la position plus qualitative du reuilly par rapport au valençay.» Aujourd’hui, la cuvée est à Darc ce que la pesée est au combat de boxe : indissociable. Ainsi, dès la fin du printemps, une soirée réunit les dégustateurs (38 cette année) qui choisissent à l’aveugle les meilleurs nectars des deux appellations. Le moment se veut convivial, mais la sélection n’est pas anodine: «L’affiche de Darc sera posée sur 1000 bouteilles de valençay et 1500 de reuilly. La cuvée, on y passe du temps, sourit Francis Jourdain. Avec Jean-François Roy (son successeur à la tête du syndicat, ndlr), on en a fait un petit concours et on rigole bien.» Loin des considérations viticoles, Darc au Pays a trouvé à Lye un point de chute comme Éric Bellet les affectionne. Darc le citadin s’invite à la campagne. À charge pour les communes de soigner l’accueil : un grand soleil, un coin de pelouse, des grillades, un manège carré et quelques platanes pour l’ombre feront le reste.

Mémorable première

Sauf qu’à Lye, on sait recevoir. Et de manière très prononcée. Monsieur le Maire de Lye conserve un souvenir impérissable de la première visite de Darc au Pays dans la commune. «Pourtant, il n’y avait pas foule de pétitionnaires ce jour-là. C’était un 16 août et Éric nous avait envoyé les Frères Scopitone. On s’en rappelle encore.» La légende dit que tous les participants vécurent l’étape intensément, accrochés au manège carré. À demi-mot, Francis Jourdain fait comprendre qu’Éric Bellet lui adressa un carton jaune. Cocasse pour celui qui est également co-président de l’US Gatine football et qui a joué «jusqu’à 45 ans, à tous les postes. Plus je vieillissais, plus je reculais dans les lignes.»Conséquence de ce premier et mémorable Darc au Pays, Éric Bellet avoue n’avoir jamais répondu à l’invitation de Francis Jourdain de peur de repartir de Lye très fatigué.

Pour sa «défense», Francis Jourdain s’empresse de préciser : «Darc au Pays coïncide avec les fêtes du 15 août. La première remonte à 1976, j’avais 16 ans. Les premiers repas champêtres, eux, datent de 1984. La fête du 15 août, c’est trois ou quatre jours de boulot avant et après. Une année, nous avons eu 1300 convives.» Comme un peu partout Francis Jourdain note les difficultés à trouver des bénévoles, «les jeunes ne reprennent pas le flambeau.» Lui l’entretient. Lye en été, c’est quasiment fête sur fête. Les Lyeliputiennes, festival des arts de la rue, ont donné le ton le 6 juillet et la brocante de septembre fermera le ban.

Au milieu, la commune vivra sa semaine sainte : fête du 15 août avec son bal et son feu d’artifice ; festivités des 20 ans de l’AOC Valençay au château de Talleyrand (17); Darc au Pays (18). «Une semaine folle ? Ça va, on sait faire! s’amuse Francis Jourdain. D’ailleurs, le matin de Darc au Pays, on devrait organiser notre première Rando’Vigne. Du coup, les concerts du festival Darc, je n’en ai pas vu beaucoup.» Ce n’est pas que Burette les fuyait, mais il était pris par ailleurs. D’aucuns attestent toutefois l’avoir vu servir la cuvée Darc dans les coulisses du festival, place Voltaire. À chaque fois, dans un indescriptible brouhaha, les gens semblaient heureux de leur sort.

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