Cage ouverte sur le National

Début janvier, Châteauroux accueille le gratin des oiseaux d’élevage

par Nicolas Tavarès

Pour la première fois depuis 50 ans, la région Centre, en l’occurrence Châteauroux, reçoit le championnat de France de l’Union ornithologique.

Vous pouvez tenter votre chance, mais Christian Mardon étant fait d’un bois qui ne rompt pas, jamais il ne livrera le secret de sa pâtée maison. Tout au plus divulguera-t-il quelques-uns des ingrédients la composant : «Carottes, courgette du jardin, semoule à couscous…» Important, la semoule à couscous : c’est elle qui va fixer la préparation qui fera ensuite le bel oiseau de compétition. Car chez les Mardon, si les enfants ont pris depuis longtemps leur envol, il reste pas loin de 250 pensionnaires au creux du nid familial. Bavettes, moineaux du Japon, Nouméa, bourkes, turquoisines ou élégantes. De la famille des becs droits ou des becs crochus, ça piaille à tous les étages. On appelle cela une passion dévorante. Les Mardon préfèreront dire que Christian est éleveur.

«Lorsqu’on s’est rencontré, il avait déjà ses oiseaux, se souvient Brigitte. Moi je n’y connaissais rien. Ça fait 40 ans qu’on est ensemble, j’imagine qu’à certains moments nos enfants ont subi cette passion.» Elle est contagieuse. Brigitte est même baguée! «En fait ce sont les oiseaux qui sont bagués au nid et nous disposons d’un numéro de souche pour participer aux concours. Nous avions chacun le nôtre, mais Christian a mis tous nos oiseaux sous mon seul nom.» Alors quand monsieur bichonne ses compagnons à plumes, madame concourt avec ses champions. Non sans réussite puisqu’avec ses bourkes elle a décroché des titres de championne de France au début des années 2000. À la même période, elle est aussi devenue présidente de l’Amicale ornithologique castelroussine et florentaise (AOCF). Vingt ans dans la cage associative jusqu’à ajouter la présidence régionale en 2020.

Seule femme à diriger l’une des 13 délégations, elle imagine que c’est ce statut qui lui a permis de toucher un autre graal : organiser les prochains championnats de France de l’Union ornithologique de France. Du 6 au 8 janvier, Châteauroux recevra la fine fleur de l’ornithologie hexagonale. Belle-Isle succédera alors à Gravelines. À la fierté de recevoir des milliers d’oiseaux et près de 800 éleveurs s’ajoute toutefois la crainte de ne pas être à la hauteur. Brigitte Mardon et son mari rêvaient de ce championnat de France des oiseaux d’élevage que le Centre-Val de Loire n’a plus reçu depuis 1972. Mais plus le rendez-vous approche, plus le couple se crispe devant l’ampleur de la tâche.

Noël entre cages et volières

Noël, les époux Mardon le fêteront, mais après que les premières volières soient arrivées de Colmar dès le 22 décembre! «Le 26, il faudra les monter, préparer les cages en carton qu’il faut plier et préparer le décor. On veut faire quelque chose de chouette, mais la nuit je ne dors pas forcément très bien» avoue Brigitte Mardon. En novembre, lors de la bourse annuelle de son association, l’angoisse était palpable. D’autant qu’une menace plane au-dessus du National : la grippe aviaire. «Normalement nous sommes à l’abri puisque nous n’avons que des oiseaux de cage et de volière.» Mais comme Brigitte frémit déjà à l’idée de ne pas réussir à attirer les partenaires privés ; puisqu’elle tremble de ne pas trouver à temps les hébergements des officiels ; qu’elle palpite rien qu’à imaginer que des éleveurs renoncent à venir en ne déclarant pas leurs oiseaux à l’IFAP (Identification de la faune sauvage protégée), pourquoi n’ajouterait-elle pas une once d’appréhension face à l’évolution de la situation sanitaire?

La présidente plie, mais résiste même si rien ne lui sera épargné : «En théorie, un organisateur a deux ans pour préparer ce rendez-vous national. Nous, nous n’avons eu qu’un an pour le faire puisque le président de l’Union nous a demandé en janvier dernier si nous acceptions d’organiser le championnat à la place de Castres.» L’optimisme reprend heureusement le dessus. Voilà 40 ans que Brigitte Mardon met son énergie au service des volatiles exotiques. Six à sept mille d’entre eux sont en train de se pomponner les plumes pour le grand rendez-vous de janvier. Malgré l’adversité, les Mardon entendent bien leur proposer un nid douillet le temps de leur séjour en terre berrichonne.

En chiffres

  • 800. Le nombre d’éleveurs attendus à Châteauroux.
  • 6000. Au bas mot, les oiseaux présentés dans le hall des expositions castelroussin.
  • 2000. Les visiteurs espérés par les organisateurs.
  • 50. En année, le laps de temps qui sépare le National de Châteauroux de janvier et le dernier organisé en région Centre en 1972 à Orléans.
  • 22. Comme le jeudi 22 décembre, date de l’arrivée des premières volières sur le site du championnat national.
  • 100. La base de points sur laquelle se posent les critères de forme, posture et couleur pour l’attribution du titre de champion national.

Voir plus d'articles