Eh bien ! Chantez maintenant

Éric Laurent et Sylvain Dépée, les habités de la belle chanson

par Nicolas Tavarès

Les organisateurs de L’Air du Temps et de Festiv’en Marche défendent la chanson à texte avec une même passion.

Au plus court, 85 kilomètres séparent Mouhet de Lignières. De la porte d’entrée sur la Marche occitane à la cité du Boischaut Sud, une grosse heure de route qui relie deux pôles incontournables de la chanson française. À la fin du mois, Éric Laurent avalera ces fameuses bornes pour se rendre à L’Air du Temps, le festival des Bains- Douches (25 au 28 mai). Organisateur de Festiv’en Marche, le festival de la chanson belle et rebelle (2 au 6 juin), il y croisera forcément son homologue Sylvain Dépée, directeur de la scène de musiques actuelles (SMAC), missionnée Pôle Régional Chanson. Existe-t-il plus ardents défenseurs de la chanson française que ces deux-là ? Sans doute. Mais au coeur du Berry, Éric et Sylvain ont depuis longtemps saisi l’étendard d’une «chanson d’auteur, une chanson à message marquée par la poésie, souvent engagée et inclassable» exprime le premier quand le second évoque son intérêt pour une «chanson française de qualité littéraire et au souci de la mélodie». Alors de Lignières à Mouhet, un axe fort s’est imposé qui s’est même matérialisé par un soutien des Bains-Douches.

Eric Laurent, organisateur de Festiv’en Marche

Du fait de sa mission régionale, le pôle du Cher se doit en effet de nouer des partenariats. Festiv’en Marche est l’une des structures qui en profite : «Il se caractérise par la co-réalisation de spectacles et la prise en charge technique» explique Éric Laurent en faisant référence au spectacle « Un p’tit rêve très court » de Michèle Bernard et Monique Brun, le 4 juin sur la scène de la Grange Maillaud. «Nous sommes là pour soutenir toutes les initiatives profitant à la chanson, précise pour sa part Sylvain Dépée. Nous accompagnons ceux qui prennent le risque de programmer de la chanson française. » Le propos du directeur des Bains Douches n’est pas anodin et trouve tout son sens lorsque Éric Laurent revient sur la spécificité du Festiv’en Marche : «Nous proposons de la chanson à message. Engagée ? Lorsque l’on fait passer Francesca Solleville par exemple, c’est autant marqué par la poésie que par l’engagement, oui !»

Au demeurant, l’organisateur dresse un constat inquiétant : «Il y a de moins en moins de lieux de diffusion pour cette chanson-là. Pendant longtemps, les MLC (Maisons des loisirs et de la culture, ndlr) ont été des lieux de résistance, mais il n’y a quasiment plus ces réseaux. Alors notre ambition, c’est de créer un réseau de petits lieux à moins de 100 km de Mouhet pour que les artistes qui viennent au festival puissent donner des concerts supplémentaires en repartant.»

Deux ans de frustration

En attendant Festiv’en Marche s’annonce. «Cette 10e édition, on l’attend depuis deux ans, poursuit Éric. Deux ans que nous sommes frustrés.» Frustrés de ne pas sentir le souffle de l’esprit Festiv’en Marche où «l’artiste a parfois été hébergé chez l’habitant. Où il va manger avec le public à la fin de son tour de chant. Un côté familial que l’on perdrait si on grandissait.» L’Air du Temps, lui, se verrait bien grandir. De manière raisonnée évidemment. Sylvain Dépée : «Le festival, c’est l’événement phare des Bains Douches. Un rendez-vous à préserver et à renforcer. 2021 avait été une formule aérée et décalée dans le temps avec un maximum d’événements en extérieur. 2022 ne sera pas non plus une édition habituelle, mais elle restera fidèle à l’esprit, tournée vers l’avenir avec Marcia Higelin (petite-fille de Jacques, fille d’Arthur H, ndlr) qui est en tout début de carrière. On y croit, on aime sa voix.»

Sylvain Dépée, directeur des Bains-Douches à Lignières

Avec la jeune artiste, les Bains Douches s’inscrivent parfaitement dans la mission confiée aux SMAC. Ce qui ne limite pas Lignières aux seuls auteurs-compositeurs-interprètes en langue française : «Rien ne nous empêche d’accueillir un artiste qui ferait du folk en anglais. Dans un passé récent, Piers Faccini, anglais de père italien en a été le parfait exemple.» Tout au long de la saison culturelle et plus encore pendant L’Air du Temps, les Bains Douches ont vocation à lancer des artistes émergents comme Lonny ou Hugo Barriol. Mais le festival ne fera jamais l’économie de noms plus ronflants. «Avoir une Keren Ann, c’est essentiel. Alexis HK, Yves Jamait, Mes Souliers sont rouges, sont des artistes avec une singularité qu’il faut entendre aux Bains Douches. Nous essayons d’avoir une pluralité de Jules Box à Lonny ou Keren Ann. Un grand écart que permet la chanson française. Et elle n’a pas de prix !»

Un avis partagé par Éric Laurent qui le dit toutefois différemment, sans nuance : «À Festiv’en Marche, on ne chante pas pour passer le temps !»

• Festival L’Air du Temps
du 25 au 28 mai à Lignières

Festiv’en Marche
du 2 au 6 juin à Mouhet

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