La pasionaria des abeilles

Béatrice Robrolle-Mary, l’apicultrice devenue lanceuse d’alerte

par Nicolas Tavarès

Exploitante apicole à Ingrandes, Béatrice Robrolle a créé la Maison des Abeilles et lutte pour la protection des insectes avec son ONG.

Vous ne prendrez pas en défaut Béatrice Robrolle-Mary : au présent, à l’imparfait du subjonctif ou au futur, elle sait conjuguer le verbe polliniser à tous les temps. Quant à sa carte de visite, derrière la qualité d’exploitante apicole suivra selon l’humeur : lobbyiste, activiste voire même révolutionnaire. À 64 ans, Béatrice défend la cause des abeilles et s’inscrit en militante de la cause des petits insectes jaune et noir. Sa fille l’a surnommée l’abeille ; France 2 l’a baptisée reine du miel dans un long reportage diffusé un soir de septembre 2020. C’est qu’elle est tombée dans le pot de miel toute petite : «Je suis la 4e génération d’apiculteurs professionnels de la famille. Mes deux arrière-grands-pères, l’un en Anjou, l’autre à Chézelles ont commencé l’activité. Les abeilles, je ne pouvais évidemment pas en sortir.»

D’abord installée à Chézelles, elle découvre la Maison de l’apiculture à Ingrandes qu’elle rachète en 2008 pour transformer ce corps de ferme en Maison des Abeilles. «Lorsque j’ai vu l’endroit, j’ai tout de suite imaginé ce que j’allais en faire.» L’une de ses premières interrogations ? Vérifier qu’un autocar puisse arriver jusqu’au parking. Car Béatrice Robrolle-Mary voit grand. Une ruche en activité dans un patio en verre, une miellerie pour achever le cycle de fabrication, une boutique pour vendre la production maison et surtout un vaste espace pédagogique pour l’accueil des groupes.

Et toujours ce souci de transparence sur les secrets de fabrique de son métier. Avec une particularité : depuis 2002, Béatrice est également la présidente fondatrice de Terre d’abeilles, ONG (organisation non gouvernementale) qui alerte et agit au plan local, national et européen pour la protection des abeilles et autres pollinisateurs sauvages. «À partir de la fin des années 90, les apiculteurs français ont commencé à se battre contre les néonicotinoïdes (insecticides neurotoxiques utilisés principalement en agriculture pour la protection des plantes, ndlr). J’ai vu le désastre sanitaire environnemental que cela a provoqué. J’ai vu nos abeilles souffrir. C’était la plus barbare des maltraitance qui soit.»

Dès lors, Béatrice n’a plus cessé de se battre, nouant contact avec des scientifiques pour argumenter son propos afin d’aller frapper à la porte des élus. Jusqu’à pousser celles du président Sarkozy à l’Élysée. «J’y suis allée à deux reprises pour rencontrer ses conseillers agricoles. Je ne venais pas les mains dans les poches. Mes dossiers étaient étayés. Devant les chiffres, ils ont ouverts de grands yeux. Est-ce que je suis une lobbyiste ? Ah oui ! Complètement. Mais je prône un lobbying d’intérêt général, c’est justifié, non ?»

Lobbying d’intérêt général

Sa démarche et celle de ses «frères d’armes» comme elle les appelle aboutira à l’arrêt de l’utilisation du Gaucho de Bayer ou du Regent® de BASF. «En 2016, on obtiendra l’interdiction totale des néonicotinoïdes !» Bataille gagnée. Pour la guerre, elle repassera. L’année dernière, le ministre de l’agriculture Julien Denormandie a en effet validé une dérogation sur l’utilisation des néonicotinoïdes pour la culture des betteraves. «Un coup de massue pour moi. D’autant que des arguments fallacieux ont été utilisés pour justifier cette décision.» Depuis Béatrice Robrolle-Mary ne décolère pas. Elle préparait sa succession à la tête de l’exploitation avec son fils Bruno. Témoin passé, la voila désormais libre de se consacrer exclusivement à Terre d’abeilles. Des mécènes, venus de leur propre chef, ont renforcé les reins de l’ONG. Dans le même temps, les groupes se présentent de plus en plus nombreux aux ateliers pédagogiques de la Maison des Abeilles.

L’apicultrice militante ne se prive donc pas d’y faire du prosélytisme. De conférences en témoignages (pour un documentaire bientôt diffusé sur Arte), Béatrice explique, dénonce, alerte sans cesse. «La pollinisation est indispensable à la vie» est répété à l’envi. Longtemps, elle a reçu des menaces, a eu son téléphone placé sur écoute. Elle n’a jamais renoncé. En juillet, Terre d’abeilles fêtera ses 20 ans. Le 20 mai, c’est la journée mondiale des abeilles. Pour l’occasion, elle a invité Éric Tourneret, le photographe des abeilles, pour une projection-débat à la Cité du numérique de Châteauroux.

Dans son bureau s’affiche sa maxime préférée : «Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient.» Béatrice fait plus que cela. Beaucoup plus.

www.maisondesabeilles.com
www.sauvonslesabeilles.com

Jeu vidéo et BD

Pour vulgariser les bienfaits de la pollinisation, Terre d’abeilles développe deux projets à destination des plus jeunes. L’association recevant régulièrement des étudiants en stage, elle a laissé à deux d’entre eux issus d’e-Artsup et de l’ESAIP, le soin de créer un jeu vidéo pour les enfants à partir de 6 ans sur un synopsis concocté par Dorine et Camille, les deux salariées de l’ONG indrienne. En parallèle, Béatrice Robrolle a confié à une autre Camille, illustratrice, le soin de composer une mini bande dessinée «parce que la jeune génération porte ce qu’il se passera demain !» justifie la présidente. 

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