Le passé à bout de bras

Loïc Dody revisite l’histoire de l’Indre avec sa collection de vieux clichés

par Nicolas Tavarès

Châteauroux, dimanche 24 août 1919. La ville pavoise. Le long de la place Gambetta un arc de triomphe se dresse pour laisser passer le défilé du 90e régiment d’Infanterie de retour à la maison, neuf mois après la fin du conflit mondial. Il en reste une photo jaunie, réalisée depuis un balcon de la rue Victor-Hugo… Samedi 13 mai 2023, même endroit. Loïc Dody scrute un bâtiment au croisement de la place et des rues de la gare et Victor-Hugo ; il vérifie la carte postale sur laquelle on devine le même immeuble et le défilé centenaire. «La photo a été prise depuis le balcon, là» assure-t-il.

Quelques instants plus tard, grimpé sur la balustrade en question, le quadra obtient confirmation. Désormais, des arbres masquent la vue, «mais ça fera quand même un bon spot cet hiver, quand les feuilles seront tombées.» Août 1919, mai 2023, 104 ans de distance et un homme pour poser une passerelle entre deux époques. Car parmi les gars du 90e, difficilement identifiables, figure l’arrière grand-père de Loïc. Ça, il l’a découvert en lisant le livret militaire de son aïeul «où le moindre détail était consigné, notamment ce défilé du 24 août. Et comme la photo est datée…» À 45 ans, Loïc Dody né à Romorantin mais Indrien depuis toujours, s’amuse des surprises que lui offre sa passion pour les reliques iconographiques

Sa collection compte 300 cartes postales. Rien d’exceptionnel si ce n’est que Loïc s’attache à conserver uniquement des photos en lien avec sa famille. Tout a commencé un peu par hasard : «Dans une brocante, j’ai retrouvé une photo de la maison de mes grands-parents ; ma maison de vacances lorsque j’étais enfant. Sur cette photo, plus que centenaire, rien n’avait bougé. Comme il y avait d’autres lieux qui me tenaient à coeur, j’ai continué à chercher de vieilles cartes postales dans les brocantes puis sur le site spécialisé Delcampe.» En parallèle, Loïc se lance dans son arbre généalogique «qui m’a permis de creuser encore un peu plus mes recherches.»

Superposition d’images

Le passionné de photographie va donc creuser et innover : il a en effet l’idée de superposer aux lieux d’aujourd’hui ses images d’antan. Un travail de longue haleine qui donne plus de poids à sa passion. Et des crampes dans les bras car Loïc Dody a pris l’habitude de se promener appareil en bandoulière et carte postale en main pour mettre le tout en situation et démontrer «que l’histoire nous dit beaucoup sur l’actuel. Du coup, je prête plus d’attention à Châteauroux et certains coins de l’Indre.» Le hobby devient même travail de fourmi lorsqu’il s’agit de resituer une rue de Châteauroux photographiée pour la fête du commerce de 1911. «J’ai mis une semaine à retrouver ces maisons, toujours là, face à la place Voltaire.»

Lorsqu’il a découvert une photo de la base de la Martinerie datant de 1917 et prise depuis un avion, il n’ a pas hésité à sortir son drone. «Les hangars de l’époque existent encore, mais il m’a fallu deux heures de prises de vues avec un drone pour retrouver le bon angle.» En résulte un surprenant cliché à découvrir sur sa page Facebook. Il l’a ouverte en novembre dernier après avoir suscité un flot de réactions lorsqu’il a publié sur son profil un cliché d’une passerelle réalisée par Gustave Eiffel entre Villedieu et Niherne.

«J’ai envie de me focaliser sur le barrage d’Éguzon désormais, ou sur le château de la Chesnaye à Vatan où mes arrière-grands-parents paternels étaient domestiques dans leur jeunesse.» Sa plus grande fierté reste d’avoir retrouvé des clichés ayant permis à son grand-père maternel, enfant de l’Assistance, de renouer avec un pan de son histoire qu’il pensait à jamais disparu. «Je lui ai même retrouvé une photo de ses grands-parents ! Il arrive à 90 ans et quand je lui montre ces vieux clichés, il adore ça.»
FB : Instant’Berry 36 / IG : instant_berry36

Châteauroux d’hier

Jean-Christophe Vernet est un amoureux de Châteauroux. Il y a quelques années, il se lance dans une quête : «Je recherchais un cliché de la maison de mon grand-père, André, surnommé l’Amiral. Il a été le créateur de la Brocante des Marins.» Au gré d’échanges, notamment avec des collectionneurs de cartes postales, les images du Châteauroux du passé s’accumulent. En 2014, devant cette affluence de clichés, Jean-Christophe décide de créer un groupe Facebook « Châteauroux photos d’hier« . Aujourd’hui, il compte 11 122 abonnés et repose sur un stock de 10 000 images. «Une vingtaine de photographies sont postées chaque jour, mais je ne mets sur la page que celles qui sont créditées.» En 2021, la page du réseau social s’est déclinée en exposition à l’Office de Tourisme. Jean-Christophe rêve maintenant d’un livre et réfléchit à lancer un site internet. Il recherche également un cliché rare : «Celui du Select Bar, place Monestier. Beaucoup de photos de la place ont été prises depuis ce bistrot mais jamais l’inverse.» Avis aux collectionneurs…

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