Pablito jongle avec les arts

Couvé par Équinoxe, Paul Molina met le football freestyle en scène

par Nicolas Tavarès

En 2012, Paul Molina découvrait le football freestyle et rêvait d’en vivre. Dix ans plus tard, le Castelroussin est en passe d’atteindre son but, en passant par les chemins de traverse…

Le football mène à tout, à condition d’en sortir. Parvis d’Équinoxe, il y a une dizaine d’années. Les passants se souviennent sans doute de cet ado qui s’adonnait à des jonglages avec son ballon de football. Paul Molina s’était installé là pour être certain de ne déranger personne. Point déjà une ambition : vivre un jour de sa passion pour le football freestyle. Pousser les portes de la salle de spectacle voisine et monter sur scène pour y jouer sa propre partition semblait alors un concept abstrait. Et pourtant…

Il a suffi que Jérôme Montchal, directeur d’Équinoxe, aille le prendre par la main un jour de 2021 pendant qu’il s’amusait avec son ballon pour que change le cours de sa vie. Paul ne savait pas qu’un artiste sommeillait en lui, Jérôme Montchal s’est chargé de le révéler. «J’ai fait 20 ans de foot. Je suis passé par plusieurs clubs, le sport études du collège Romain-Rolland ou la section sportive du lycée Jean-Giraudoux. À 18 ans, j’ai découvert le freestyle et très vite, j’ai voulu en vivre. Mais je suis allé poursuivre mes études à Lyon pendant quatre ans avant d’entrer en entreprise dans la foulée. Je m’accordais une petite heure de freestyle de temps en temps, mais ça me manquait.»

En 2019, Paul se remet très sérieusement à la discipline et se lance dans la compétition. Au printemps dernier, à Prague, il décroche la médaille de bronze mondiale, catégorie rookie. Mais la soif de performance partage désormais ses faveurs avec d’autres projets. Car l’invitation de Jérôme Montchal s’est accompagnée d’un coup de pouce inattendu : Paul s’est vu offrir le statut d’artiste en développement par la scène nationale. Le voilà donc dans une sorte de couveuse, logé à la même enseigne que deux chorégraphes, un metteur en scène, un circassien, un photographe et un chef de restaurant.

Résidence en Colombie

Paul, en compagnie d’Emmy, en plein travail sur le parvis d’Equinoxe, là où tout a commencé pour le freestyleur

«Jérôme (Montchal) m’avait d’abord proposé de préparer un show pour la présentation de la saison 2021 puis il m’a mis en relation avec la chorégraphe Mélodie Joinville pour qu’elle m’aide à préparer un spectacle au printemps dernier.» De son propre aveu, «Mélodie m’a totalement métamorphosé. Elle m’a fait travailler la fluidité, la liquidité du corps pour présenter un portrait dansé pour le prochain « Après le dégel ». La danse, je ne connaissais absolument pas !» À l’automne, le développement artistique de Paul le conduit en Colombie pour une résidence auprès du circassien Wilmer Marquez, lui-même artiste associé d’Équinoxe.

«J’ai passé deux semaines à Bogota pour préparer un spectacle plus sportif qui racontera mon histoire. C’est un projet pour octobre 2023. Avec Wilmer, nous avons bossé comme des fous sur l’acrobatie. Il m’a notamment fait travailler le salto. Quand je le maîtriserai totalement, j’y ajouterai le ballon. J’ai énormément appris avec Mélodie et Wilmer. Ce qu’ils m’ont apporté me sert aussi pour la compétition. À la différence d’autres freestylers totalement à fond, j’ai une approche à la fois compétitive et artistique. Jusqu’à ma rencontre avec Jérôme Montchal, le ballon était un outil de travail. Aujourd’hui, j’en ai ajouté un autre : mon corps.»

Pablito n’a jamais voulu devenir footballeur pro, pas plus qu’il ne s’imaginait intermittent du spectacle. Le football freestyle est heureusement passé par là et le Castelroussin veut maintenant en profiter pour transmettre le flambeau. Dans un atelier qu’il anime à la maisonnette d’Équinoxe (lire par ailleurs) il côtoie Emmy, 17 ans, freestyleuse en herbe depuis le confinement. «Je me retrouve en elle et je veux qu’elle goûte à la compétition. Au printemps je l’emmène au Mondial ! On s’entraîne tous les jours pour ça.» C’est à ce prix que Pablito a trouvé sa place entre, côté cour, le ballon rond et côté jardin, des projets artistiques…

L’atelier pour tous

Le mardi, Paul Molina anime un atelier dans la maisonnette d’Équinoxe. «C’est la meilleure manière que j’ai trouvée pour rendre au football freestyle ce qu’il m’a donné.» Des stagiaires de 12 à 30 ans profitent de ses conseils. Ils restitueront leur travail lors du festival « Après le dégel », en avril prochain. Il est toujours possible de s’inscrire à l’atelier. L’adhésion (9€ par mois) offre un accès à tous les spectacles de la scène nationale.
Infos : billetterie@ 
equinoxe-chateauroux.fr / Tél. : 02 54 08 34 34

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